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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/691

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S’il est, comme on l’a dit, des morts qu’il faut qu’on tue, n’en est-il pas peut-être aussi, de loin en loin, qu’il faut qu’on ressuscite, ou dont on essaie de ranimer et de renouveler la mémoire ? C’est à quoi je songeais en lisant, tout récemment encore, l’invective d’un honnête homme de philosophe contre la rhétorique, et je me demandais si le temps ne serait pas venu de plaider un peu la cause de cette illustre victime. Car enfin, s’il y a certainement une partie de l’art d’écrire, divine et comme inspirée, qui ne s’apprenne pas, qui ne se transmette point, inimitable et incommunicable, n’y en a-t-il point de plus humbles aussi, qui s’enseignent, et dont il y a vraiment des règles ou une théorie ? Personne, je pense, n’oserait prétendre qu’il n’y ait pas un art de chanter. C’est peu de posséder la plus belle voix du monde, et il faut encore savoir s’en servir, la diriger, la ménager. Comment n’y aurait-il pas aussi un art de parler et d’écrire ? L’abus de la rhétorique en doit-il faire condamner l’usage ou méconnaître l’utilité, je dirai tout à l’heure le prix ? Et parce que quelqu’un aura dit que « la vraie éloquence se moque de l’éloquence, » l’en croirons-nous sur sa parole ? ou prétendrons-nous peut-être, avec un autre, qu’on écrit toujours assez bien quand on parvient à se faire entendre ? Je ne sache pas, en ce cas, de cuisinière ou de palefrenier qui n’y réussisse aussi bien qu’un académicien.