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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/665

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Dès l’année suivante, Perrault publiait le premier volume du Parallèle des Anciens et des Modernes. Le quatrième et dernier ne parut qu’en 1698, après les Contes.

Il semblait difficile d’être plus mal préparé à parler naïvement des ogres et des fées. Perrault avait d’ailleurs passé la soixantaine lorsqu’il s’avisa de devenir leur historien, et c’était trop loin de l’âge heureux où l’on croit y croire, pour qu’il pût rappeler efficacement ses souvenirs. Il était donc en grand danger d’écrire des Contes de fées raisonnables, s’il n’avait tant aimé les enfans. Sa tendresse pour eux fut son salut.

On a dit qu’il avait fait ses Contes en collaboration avec son petit garçon, Darmancour, sous le nom duquel ils parurent d’abord ; ainsi s’expliquerait ce mélange singulier et délicieux « de la sagesse du vieillard et de la candeur de l’enfant, » qui étonnait Paul de Saint-Victor et lui paraissait une énigme. L’anecdote est assurément vraie, à condition d’en élargir le cadre et d’y faire entrer les camarades du petit Darmancour, ces jeunes auditeurs au cou tendu, aux yeux brillans, sur qui Perrault observait les effets de ses histoires merveilleuses : « On les voit, disait-il, dans la tristesse et dans l’abattement tant que le héros ou l’héroïne du conte sont dans le malheur, et s’écrier de joie quand le temps de leur bonheur arrive. » Perrault a eu pour collaborateurs tous les petits qu’il a fait rire et pleurer avec les malices du Chat Botté et la fin tragique du petit Chaperon Rouge. C’est ainsi qu’un vieillard et un enfant parlent tour à tour dans les Contes ; chacun corrige l’autre et le complète.

La tendresse de Perrault pour l’enfance se mêlait d’un charmant respect, qui lui faisait deviner les secrets besoins de ces jeunes âmes. Il sentit ainsi obscurément que le goût des enfans pour le merveilleux est le germe précieux qui s’épanouit plus tard en fleur de poésie et de foi et, de peur de l’étouffer d’une main sacrilège, il se garda de trop faucher dans le surnaturel de la légende. Il se contenta d’épurer le fantastique des vieux contes populaires, il apprivoisa les monstres et les animaux auxquels le sauvage et le paysan attribuent volontiers des pouvoirs magiques et qui jouaient un si grand rôle dans les vieux récits de Ma Mère l’Oye. Il les métamorphosa en fées très grandes dames, qui portaient des robes de la bonne faiseuse, et que l’on servait à table avec l’étiquette réservée sous Louis XIV aux princesses du sang. Les filles de l’antique Fatum apprirent à son école à faire la révérence de cour, et l’on a d’abord quelque peine à reconnaître sous leur rouge les farouches Destinées aux pieds d’airain.

Ce sont bien elles pourtant, les déesses redoutables,

Tristes divinités du monde oriental,