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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/663

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« Nous allons voir que toutes les opinions du
peuple sont très saines.
« PASCAL. »

Un Homère bourgeois s’est emparé, il y a deux cents ans, de héros aussi célèbres qu’Ulysse et Agamemnon, mais dont l’histoire était restée confiée à la mémoire des simples et des enfans. Il a dit leurs aventures dans une série de petites épopées populaires qui sont des œuvres de génie, si l’on veut bien admettre qu’il y a des génies de toutes les tailles et que celui de Perrault est le Petit-Poucet de la famille. Des histoires semblables à des rêves ont pris, sous sa plume, un air de réalité. Il a condensé des fantômes indécis en figures vivantes et inoubliables. Il a créé des types immortels comme don Juan ou comme Hamlet, moins grandioses, puisque ses héros s’appellent Cendrillon et Barbe-Bleue, ayant gardé toutefois de leur long séjour dans la légende un parfum de mystère et une exquise saveur poétique. Il a su respecter dans des contes de nourrice l’œuvre bien des fois séculaire de l’imagination des foules ; s’il a précisé la tradition orale, s’il y a ajouté des idées de lettré ou des détails pris à la vie du XVIIe siècle, il l’a si peu altérée, que la science moderne a cru surprendre dans ses récits un reflet de la pensée de l’humanité primitive et reconnaître des divinités aryennes dans Peau-d’Ane et la Belle au Bois dormant.