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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/479

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REVUE. — CHRONIQUE.

fant qui sera encore pour eux la continuation de la maison d’Orange, les Hollandais sentent bien que cette minorité, c’est l’inconnu, le péril possible, peut-être une tentation pour les ambitieux de conquêtes ou pour les agitateurs. Déjà ceux qui regardent de loin ont songé au mariage que pourra faire celle qui sera la reine de Hollande. On a énuméré les princes belges ou danois, qui pourraient être appelés un jour à partager la couronne ; mais cela même est la preuve du vide que va laisser ce vieux roi qui, tout moribond qu’il soit, représente encore pour la Hollande la tradition, la garantie souveraine de l’indépendance nationale.

Nous vivons dans un temps où les questions de politique et de commerce se compliquent étrangement par suite des innombrables rapports qui lient de plus en plus les peuples, et où en définitive tout ce qui se passe dans un grand pays de travail et d’industrie devient l’affaire du monde entier. On le voit encore aujourd’hui par ces élections qui viennent de se faire le k novembre aux États-Unis, qui ont certainement leur signification pour les Américains, qui ne laissent point d’avoir aussi leur importance pour l’Europe, pour toutes les nations. Ces élections qui ne datent que d’hier, qui sont l’irrécusable expression des vœux, des tendances de la plus vaste des démocraties, sont à dire vrai un événement et par les circonstances dans lesquelles elles se sont accomplies et par le dénoûment retentissant qu’elles viennent d’avoir. Les États-Unis, où l’on est fort accoutumé à jouer du scrutin, avaient cette fois à renouveler non-seulement la chambre des représentans de Washington, mais encore les législatures locales, les gouverneurs des états, lesjuges. Sauf le président et le sénat qui restent provisoirement en fonctions, c’était une sorte de renouvellement de tous les pouvoirs, de consultation universelle du pays. Et cette consultation prenait d’autant plus d’importance, elle pouvait être d’autant plus décisive qu’elle ressemblait à un jugement demandé au pays sur toute une administration, sur tout un ensemble de faits ; elle survenait après un nouveau règne des républicains, depuis deux ans maîtres de la présidence et des majorités, au lendemain du bill Mac-Kinley, de cette charte d’un protectionnisme outré qui peut avoir une si grave influence et sur toutes les conditions intérieures de la vie américaine et sur les relations des États-Unis avec toutes les nations commerçantes du monde.

La politique des maîtres du jour, de M. Harrison, de M. Blaine, de M. Reed, de M. Mac-Kinley, de M. Edmunds, serait-elle sanctionnée par le vote populaire ? C’était toute la question. Les républicains n’ont certes rien négligé pour s’assurer la victoire. Ils ont usé et abusé de tous les moyens d’influence ; ils ont été aidés par les chefs puissans d’industrie dont ils venaient de consacrer les monopoles et qui avaient déjà fait les frais de la dernière élection présidentielle. Le secrétaire d’État lui-même, M. Blaine, s’est mis en cam-