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Page:Revue des Deux Mondes - 1890 - tome 102.djvu/477

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REVUE. — CHRONIQUE.

que, pour expliquer sa réserve, les élections françaises, les élections d’hier aux États-Unis et même les élections grecques où le ministère Tricoupis vient de succomber. Il croit donc tout possible !

À la vérité, il y a des degrés à tout, et il est bien clair que des élections anglaises qui ramèneraient les libéraux au pouvoir à Londres auraient une autre importance que les élections de la Grèce. Toujours est-il que ce scrutin hellénique a emporté, l’autre jour, comme par un coup de vent, un ministère qui datait déjà de quatre ans, qui était arrivé au pouvoir en pacificateur à un moment où la Grèce, un peu surexcitée dans ses ambitions par les révolutions bulgares, venait d’être l’objet de répressions sévères, d’un véritable blocus de la part de l’Europe. M. Tricoupis, le chef de ce ministère qui avait momentanément tout calmé en réconciliant la Grèce avec l’Europe, est certainement un des hommes les plus éminens de ce petit pays hellénique, alliant l’habileté à la prudence, un profond sentiment national à une sérieuse culture occidentale. Il avait peut-être trop duré dans un pays aux impressions vives et mobiles. À part ce crime de la durée, que lui a-t-on reproché ? On lui a reproché d’avoir sacrifié trop aisément les droits ou les ambitions helléniques, de n’avoir pas su profiter du mariage du duc de Sparte avec la sœur de l’empereur d’Allemagne pour obtenir la Crèie, d’avoir laissé établir, par le concours de la Porte et du patriarche de Constantinople, des évêques bulgares dans la Macédoine. On lui a reproché tout ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait. Le résultat, c’est qu’au scrutin M. Tricoupis a trouvé contre lui la majorité des deux tiers des voix qu’il avait pour lui, qu’il a dû céder la place au chef de l’opposition, à M. Delyannis, celui-là même qui était au pouvoir en 1886, — et c’est ce ministère nouveau appelé aux affaires par le roi qui vient d’ouvrir la chambre récemment élue. Le nouveau président du conseil, M. Delyannis, est sans doute lui aussi un des chefs les plus éminens de la Grèce, un homme habile et fin, réputé comme M. Tricoupis pour son intégrité, plus agité peut-être, plus accessible que son prédécesseur à l’esprit et aux influences palikares. Il arrive au pouvoir, comme tous ceux qui l’ont précédé en Grèce, avec tout ce dangereux cortège des espérances à satisfaire, des ambitions à assouvir, des distributions d’emplois à ses cliens, d’une majorité à maintenir. Ce qu’il y aurait d’essentiel pour lui serait de pouvoir se défendre des entraînemens de parti et surtout de ne pas exposer de nouveau la Grèce à se retrouver dans une de ces situations pénibles où elle rencontrerait encore une fois devant elle la volonté de l’Europe.

On ne peut pas tout prévoir, même dans les états les plus paisibles, les mieux organisés, et les élections ne décident pas tout, même dans les pays les plus libres. La Hollande, qui peut passer pour le modèle des pays libres et tranquilles, est aujourd’hui dans une de ces crises où la sagesse de la nation et de ceux qui la représentent peut