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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/958

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ont fait un peu scandale dans le parti ; on les a accusés d’abdiquer devant les cléricaux, de déserter les traditions libérales. Les adversaires de toute concession comptaient au moins que la loi irait échouer à la première chambre où les libéraux ont encore une assez forte majorité. Pas du tout : là aussi l’esprit de conciliation l’a emporté et la loi a été adoptée ; là aussi bon nombre de libéraux n’ont pas voulu prendre la responsabilité d’un rejet, qui pouvait avoir pour conséquence soit un changement de ministère, soit une dissolution des chambres. Heureux exemple d’une transaction dans ces questions délicates ! Il reste à savoir si les cléricaux hollandais se tiendront pour satisfaits, si les prudentes concessions des libéraux n’amèneront pas une scission dans le parti, — si le ministère enfin aura conquis la paix des esprits qu’il a voulu réaliser.

La révolution qui s’est récemment accomplie au Brésil, qui a remplacé l’empire par la république, a-t-elle été aussi simple, aussi spontanée qu’on l’a cru d’abord ? A-t-elle eu le caractère d’un événement né de la force des choses, d’un mouvement irrésistible, quoique inaperçu, d’opinion ? Cette révolution brésilienne, à dire toute la vérité, semble encore assez énigmatique. Elle garde toutes les apparences d’une surprise, d’un coup de théâtre, dont le succès reste assez inexpliqué. On voit bien que des militaires ont décidé le mouvement, que quelques chefs républicains de Rio ont réussi aussitôt à s’en emparer, qu’il n’a pas été mal accueilli par bon nombre d’anciens propriétaires d’esclaves, que toute sorte d’élémens discordans se mêlent dans cette échauffourée, devant laquelle se sont évanouis les pouvoirs publics. D’un autre côté, ce qu’on sait, surtout depuis l’arrivée récente de l’empereur dom Pedro à Lisbonne, ne prouve pas que tout se soit passé aussi simplement qu’on l’a dit, que l’empereur et la famille impériale aient dû quitter Rio, s’embarquer pour l’Europe sous le coup d’une animadversion nationale, même d’une manifestation sensible d’opinion. Le plus clair est que la révolution s’est accomplie parce qu’on l’a laissée s’accomplir, qu’au dernier moment la résistance a manqué ou est devenue impossible par la défection des troupes, que le général de Fonseca, qui ne voulait peut-être arriver qu’à un changement de ministère, s’est trouvé avoir renversé l’empire. Les chefs du mouvement sont restés maîtres du terrain sans combat ; ils ont proclamé la république sans consulter le pays. Il ne reste plus maintenant qu’à faire accepter, à organiser cette république nouvelle qui fait son apparition au-delà de l’Atlantique. Ce n’est point, à ce qu’il semble, le plus facile. Les débuts paraissent assez laborieux ; l’œuvre commencée par la sédition à Rio-de-Janeiro n’ira peut-être pas jusqu’au bout sans difficulté, et, en attendant que les nouveaux États-Unis du Brésil soient organisés, les vieux, les vrais États-Unis, ceux de l’Amérique du Nord,