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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/946

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au Bois qu’on y reconnaîtra toutes les qualités qui ont fait le légitime succès de la Chasse à courre et de Paris à cheval.

Si l’on avait pu craindre un seul instant que la disparition de son fondateur ne compromit l’avenir de la Collection Hetzel, on est sans doute rassuré maintenant. Les auteurs aimés des lecteurs du Magasin d’Éducation et de Récréation lui sont demeurés fidèles ; et, en passant des mains de P. -J. Stahl à celles de M. Jules Hetzel la direction de la Bibliothèque n’a pas périclité. Seize ouvrages nouveaux s’y viennent ajouter cette année. La Famille sans nom, de M. Jules verne, est un véritable roman, un roman historique, dont l’action, presque contemporaine, puisqu’elle ne date que de quarante ou cinquante ans encore, se déroule au Canada. Quoique le volume fasse partie de la collection des Voyages extraordinaires, on n’y trouve heureusement rien qui passe les bornes de la vraisemblance. M. Jules verne, cette année, n’a pas eu besoin, pour nous intéresser, d’appeler les chimères de la science, — car la science a ses chimères, — au secours de sa féconde, inépuisable, et toujours jeune imagination. Il a seulement profité du choix qu’il avait fait du Canada, comme cadre ou comme théâtre de son drame, pour insinuer à ses jeunes lecteurs de nombreux renseignemens sur la géographie et sur l’histoire d’une ancienne colonie française.

Dirai-je qu’il a passé la main à M. André Laurie ? C’est ce que nous pouvons croire en voyant l’un des deux volumes annuels de M. Laurie, De New-York à Brest en sept heures, succéder aux Naufragés de l’espace et au Nain de Rhadameh. Comment d’ailleurs on va de New-York à Brest en sept heures, ou plutôt comment on y pourrait aller, par quels chemins et par quels moyens encore plus merveilleux que rapides, il nous faudrait ici parler longtemps pour le dire ; et puis, si nous le disions, ce serait enlever sans doute au livre de M. André Laurie cet air de mystère, d’énigme, ou de problème qui n’en est pas le moindre attrait. L’autre volume de M. André Laurie est intitulé : Mémoires d’un collégien russe : il continue cette série de la Vie de collège dans tous les pays, qui peut bien, depuis une dizaine d’années, avoir quelque peu dévié de son caractère primitif, mais dont je ne sache pas un volume qui ne soit facile, agréable et instructif à lire.

Nous parlerions volontiers encore du livre de Mme Dupin de Saint-André : Ce qu’on dit à la maison, dont le titre est un peu obscur, mais dont l’idée est assez ingénieuse. « Que de révélations le langage familier des enfans peut fournir à un observateur attentif ! » dit l’auteur, dans une courte Préface ; et ces mots qui leur échappent, où ils se trahissent involontairement eux-mêmes, avec les qualités et les défauts qu’ils auront un jour, Mme Dupin de Saint-André s’est proposé d’en « démêler la véritable signification, le sens intime et souvent caché ; » sans oublier la « petite leçon de morale pratique » dont ils peuvent être