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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/942

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sans laquelle on ne fait rien que de médiocre. Pour nous, il nous suffit que nous ayons aujourd’hui toute sorte de raisons de nous intéresser à Tunis et à la Tunisie ; et que le livre de M. Lallemand, vivement écrit, heureusement illustré de cent soixante aquarelles imprimées en couleurs, soit plus abondant encore en renseignemens précis, pour ne pas dire intimes, qu’en récréations pour les yeux. C’est un vrai voyage que nous faisons à la suite de M. Lallemand, un voyage facile, un voyage amusant, un voyage instructif. C’est en même temps une galerie dont les moindres scènes, surprises et rendues par l’artiste avec cette rapidité qui fait sans doute une partie de la justesse de l’impression, offrent un aspect saisissant de réalité et de vie.

L’ouvrage du colonel Frey : la Côte occidentale d’Afrique, scènes, vues et croquis, publié par les éditeurs Marpon et Flammarion, est d’un autre genre. Les gravures y abondent aussi, et les « croquis d’après nature » et les « aquarelles inédites, » — imprimées en noir, il est vrai, — et les indications utiles. Mais évidemment, quoi qu’il en dise lui-même, avec un excès de modestie, dans un court Avant-propos, le colonel Frey s’est proposé quelque chose de plus qu’une description pittoresque de cette côte d’Afrique, et en particulier de cette Sénégambie, où il a fait lui-même presque toute sa carrière militaire. Évidemment, il a voulu nous faire profiter de sa longue expérience, en nous aidant à nous former une opinion raisonnée sur des questions dont l’intérêt n’est égalé ou surpassé que par la pauvreté des ressources dont nous disposons ordinairement pour les résoudre. Il ne s’est même pas contenté pour cela de nous dire ce qu’il avait vu de ses yeux ; mais tous les voyageurs qui, depuis un demi-siècle, l’ont précédé ou suivi sur cette partie de la terre d’Afrique, il les a comme appelés en témoignage de ses impressions et de son enquête. Là est l’intérêt particulier de son livre, sur lequel nous insisterions davantage, si c’en était le temps ou le lieu. Mais, pour le mieux recommander, nous craindrions d’aller contre notre dessein en dissertant, à l’occasion de la Côte occidentale d’Afrique, sur la politique coloniale ; — ce qui n’est pas, au surplus, de notre compétence.

Nous enfonçons dans l’intérieur et jusqu’au cœur du continent noir, avec le livre de M. Victor Giraud : les Lacs de l’Afrique Équatoriale, publié par la maison Hachette, et orné de 160 gravures d’après les dessins de M. Riou. C’est par la côte orientale que M. Giraud a abordé l’Afrique, et c’est la région du Nyassa, des lacs Tanganika, Moéro, Bangouéolo, qu’il a explorée de 1883 à 1885. On trouvera dans ce récit, dont le ton de simplicité ne laisse pas de faire un heureux contraste avec l’emphase de quelques voyageurs, des renseignemens de toute sorte, géographiques, ethnographiques, économiques, entremêlés d’amusantes anecdotes et de dramatiques aventures de chasse. Peut-être