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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/938

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prise à la confection de ce beau volume ne saurait nous embarrasser pour y louer un chef-d’œuvre de typographie. Quant à la valeur et à l’originalité de l’illustration, nos lecteurs en ont pu juger à l’Exposition universelle, où les dessins originaux et les aquarelles de Mme Madeleine Lemaire, de MM. Bida, Bonnat, Chapu, Delort, Flameng, Français, Gérôme, J. -P. Laurens, Le Blant, Lhermitte, L. -O. Merson, Vibert, etc., faisaient d’un coin de l’exposition de la librairie comme un prolongement de la galerie des Beaux-Arts.

Non loin de ce Boileau, nous avions admiré, mais sans y pouvoir toucher, le Polyeucte de la maison Marne ; — et nous l’avons revu avec plaisir. C’est un magnifique volume aussi, dont l’arrangement et la composition font le plus grand honneur à ses éditeurs. Et à ce propos, il est fort heureux que, tandis que l’Imprimerie nationale se Rome à publier, dans un format d’ailleurs peu maniable, les œuvres de son directeur, ou l’Histoire de la Révolution française, de Michelet, — car pourquoi pas celle de Thiers, ou celle de Louis Blanc ? — les grandes maisons d’édition rivalisent au contraire d’ardeur et de dépenses pour entretenir ou renouveler le culte des classiques. Le Polyeucte de la maison Marne, illustré d’un portrait de Corneille, par M. F. Burney, dont le talent rappelle celui de son maître, F. Gaillard ; de cinq grandes compositions gravées d’après les dessins de M. Albert Maignan, et de nombreuses gravures sur bois ; précédé d’une introduction de M. Léon Gautier ; et enrichi de curieux ou savans éclaircissemens de MM. Paul Allard, sur les Procès des Martyrs, Edouard Garnier, sur Polyeucte au théâtre, et L. Legrand, sur Polyeucte devant la critique, sera certainement mis, d’un accord unanime, au nombre des plus beaux livres que nous ayons vus depuis quelque temps. Ajoutons qu’on a eu le bon goût de ne pas reproduire ici l’orthographe de Corneille, ce qui n’est qu’une manière, en le respectant trop, de lui prêter des rides qu’heureusement il n’a point. Les amateurs n’apprendront pas sans quelque satisfaction que ce Polyeucte n’a été imprimé qu’à huit cents exemplaires seulement.

Comme Corneille et comme Boileau, quoique sans doute d’une autre sorte et d’un moins franc aloi, Rousseau aussi est un classique ; et sa Nouvelle Héloïse l’un de ces livres que l’on relit presque aussi souvent qu’il en paraît une édition nouvelle. Celle que publie la Librairie des bibliophiles, et qui fait partie de la Petite Bibliothèque artistique, ne passera pas pour la moins attrayante. Le texte en est digne des presses de l’imprimerie Jouaust. M. John Grand-Carteret y a mis une préface où je ne trouverais à reprendre qu’un peu d’emphase, si je ne savais d’ailleurs qu’on ne vit pas impunément dans la compagnie de Jean-Jacques et que l’on se monte aisément à son ton. Enfin, l’élégance, la finesse et l’esprit de l’illustration en font l’un des