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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/927

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Concerts du Châtelet : l’Ode triomphale de Mme Augusta Holmes. — Concerto pour piano de M. E. Lalo ; Mme Krauss. — Mireille, à l’Opéra-Comique. — Lucie de Lammermoor, à l’Opéra.


Que l’auteur de Lucie ne soit plus de ce monde, cela est fâcheux : d’abord pour lui ; ensuite pour le public, parce que Donizetti, à défaut de ce qu’on appelle aujourd’hui le talent, avait un peu de ce qu’on appellera toujours le génie. Mais cela est heureux pour nous, car, s’il vivait encore, nous compterions, à la fin de cet article, un ami de moins ou un ennemi de plus. Nos lecteurs nous permettront-ils, à ce propos, de nous entendre avec eux une bonne fois sur la critique telle que nous la comprenons, sur ses devoirs et sur ses droits ?

Cette minorité de gens aimables ou méchans, intelligens ou sots, quelquefois très riches, jamais très pauvres, ce groupe social qui se croit toute l’humanité et s’appelle le monde parce qu’il se prend pour l’univers ; le monde paraît étrangement méconnaître le rôle et l’honneur de la critique, lorsqu’il lui reproche trop de rigueur ou de franchise seulement. Notre seule vertu nécessaire est la sincérité. Le public ne peut exiger de nous le talent, qui est rare ; ni le goût, chacun ayant le sien ; mais nous lui devons la vérité, ou du moins ce que nous croyons la vérité. Qu’il nous pardonne des erreurs ; mais qu’il n’ait jamais à nous reprocher un mensonge.

Au nom de quels principes le monde prétendrait-il nous imposer la dissimulation et le silence ? Par respect pour la vieillesse ? — Mais je ne