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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/891

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« L’exploitation minérale implique des conditions particulières de capacité et de fortune ; il faut donc que le choix corrige le hasard, et le chef de l’État l’exercera en faveur du plus digne. » Aura-t-il toujours la main heureuse ? Pour l’attribution première de la mine, je veux le croire ; mais l’avenir n’est à personne. Cette propriété nouvelle est nécessairement, et comme toutes les autres, disponible et transmissible ; la loi permet expressément de l’échanger ou de la vendre. Lors de chaque mutation, l’administration devra-t-elle donc donner son agrément ? Si on l’exige, nous voici bien loin du droit commun ; et si l’autorité publique doit s’abstenir, que deviennent les prétendues garanties ?

Au surplus, ce que l’on appréhendait au temps de Fourcroy et de Cambacérès, — mauvais vouloir, insouciance, manque de capitaux ou de capacité professionnelle, — ne nous arrêterait pas un instant. L’inintelligence, la routine, l’aversion des populations rurales pour les spéculations industrielles : pures légendes. Le plus arriéré de nos paysans sait ce qu’on peut tirer d’une couche d’étain ou d’anthracite, aussi bien qu’il connaît l’importance d’une source thermale ; il bouleversera ou laissera bouleverser volontiers son lopin de terre, s’il entrevoit au bout le moindre profit. Ni le culte du foyer, ni l’amour du champ paternel, — toutes les considérations sentimentales et bucoliques, — ne tiendront une minute contre l’appât du gain ; et le petit bourgeois des villes et le millionnaire lui-même ne pensent pas, au fond, différemment. Quelle apparence qu’ils négligent de gaité de cœur l’occasion de faire fortune, qu’ils éconduisent niaisement l’homme qui viendra leur en proposer le moyen ? Ceux qui refuseront, c’est qu’ils auront de justes sujets de méfiance. Au lieu de stimuler leur inertie, on aurait plutôt à les défendre contre la tentation, — s’il n’était grandement temps de nous déshabituer de cette manie de mener les gens en laisse. Un accord amiable entre l’explorateur et le propriétaire foncier, il n’y a pas de règlement administratif qui donnerait à tous deux une sécurité plus grande ; des commanditaires solides, un ingénieur habile, c’est tout ce qu’il faut pour assurer la bonne exploitation. Actuellement, on n’en demande pas davantage au concessionnaire : nulle part il n’est dit qu’il devra réunir en sa personne la triple aptitude financière, commerciale et technique ; on pense que son intérêt l’amènera à s’entourer convenablement, et les choses n’en vont pas plus mal. Contre les abus, les imprudences, on aura toujours la surveillance des ingénieurs de l’État, dont le contrôle s’exerce sur toutes les industries dangereuses, et qu’il faudrait charger ici, par extension, de prévenir le gaspillage.

La mine et la surface réunies et réconciliées, les redevances, les