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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/872

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Nous n’avons pas à prendre part aux discussions qui ont eu tant d’écho il y a quelques mois ; encore moins nous reconnaissons-nous le droit de décider entre les partisans du laboratoire municipal et ses adversaires, ceux-ci ouvertement secondés par la foule immense des drogueurs et empoisonneurs qui acclament indistinctement les sophismes et les objections les mieux fondées, pourvu qu’on batte en brèche le grand gêneur. Que les premiers aient tort ; que les autres aient ou n’aient pas raison, peu importe ; dès qu’il s’agit de fraudes sur le lait, il faut rechercher sans cesse la tromperie, la dévoiler et la punir impitoyablement. Insistons sur l’exposé des circonstances aggravantes.

A la rigueur on peut, non sans doute se passer de vin, de bière ou de cidre, mais en user modérément, quitte à payer un peu plus cher ces boissons. On ne consomme pas une telle quantité d’huile ou de vinaigre, que la falsification de ces deux substances, tout en étant fort regrettable, puisse influer fâcheusement sur la santé publique. Au contraire, le lait est un aliment qui s’impose aux malades, qui est indispensable surtout aux enfans. Le ménage le moins fortuné, habitant n’importe quel quartier, doit pouvoir être assuré d’acheter à des prix modérés un lait absolument salubre, sans être tenu ni d’accepter l’aumône des hôpitaux, ni de recourir aux produits coûteux d’Arcy-en-Brie ou d’ailleurs.

Tout cela n’empêche nullement de perfectionner les méthodes analytiques ou d’organiser un laboratoire d’appel destiné à rectifier les décisions injustes ou erronées. Avouons-le bien haut, cependant, il faut avant tout sauvegarder la parfaite sécurité du commerce de détail de lait, dût-on, pour atteindre ce but, nuire aux intérêts de certains mouilleurs trop adroits, fallût-il encore surveiller étroitement ces étables où les vaches sont comme parquées et soumises à un odieux régime de surmenage. Le sort des pauvres enfans élevés au biberon et réduits à sucer un lait des plus médiocres doit, ce nous semble, inspirer plus de vraie pitié que le malheur du crémier, vexé de ne pouvoir parvenir à débiter comme lait l’eau presque pure des fontaines Wallace.


ANTOINE DE SAPORTA.