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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/794

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a tiré sa richesse, cette indépendance dont il jouit, tout lui rappelle une longue suite d’efforts opiniâtres ou de luttes héroïques, et tout cela, il faut encore à chaque instant le conserver, le défendre, ainsi qu’il se le propose dans sa modeste devise : « Je maintiendrai. » En s’efforçant de se suffire et en ne comptant que sur lui-même, il a donné au monde de grands exemples. C’est pour lui et pour lui seul qu’avaient travaillé des artistes qui font aujourd’hui l’admiration de l’univers civilisé et dont on se dispute les œuvres à prix d’or. De même, en ne cherchant la vérité et le bien que pour lui seul, il a mis sa marque dans la politique, dans les sciences, dans sa façon de comprendre la bienfaisance et la religion.

Tout cela ne se découvre pas au premier coup d’œil ; mais quiconque a étudié un peu l’histoire de ce peuple et cherché à pénétrer ses mœurs et les conditions mêmes de son existence, reste frappé de sa grandeur. Jamais les qualités qui l’ont faite n’apparaissent plus évidentes qu’à ce moment de son passé ; jamais elles n’ont amené des résultats plus féconds, plus considérables. Après lui avoir acquis son affranchissement, elles l’ont rendu possesseur d’un empire colonial le plus vaste qui fut alors et dont la domination s’étendait sur près de 30 millions d’habitans. Des richesses qui lui venaient en même temps, il a fait le plus noble usage en les consacrant à la charité, à l’instruction populaire, aux grandes entreprises de ses ingénieurs, aux encouragemens donnés aux sciences et aux arts. C’est là un beau spectacle, un des plus consolans qui puissent être proposés à l’homme, puisque dans cette prospérité tout se tient et qu’elle est de tout point conforme à la logique et à la justice. Chez nous, surtout, et au temps où nous sommes, il n’est peut-être pas inutile de reconnaître ce que valent pour un pays la concorde, la solidarité entre les citoyens et ces vertus morales qui demeurent, à le bien prendre, le plus réel soutien d’un état. La fortune prodigieuse à laquelle les Hollandais étaient alors parvenus, ils n’en semblaient eux-mêmes ni fiers, ni étonnés ; mais c’est avec un sentiment de religieuse gratitude qu’ils se plaisaient à en rapporter à Dieu tout l’honneur. Aux approches de 1630, Amersfoord était prise, la Frise venait d’être délivrée et l’évacuation de Bois-le-Duc allait achever la libération complète de leur territoire. Le dernier jour de décembre de l’année 1629, le Conseil des États, rendant compte des succès qui en avaient marqué le cours, déclarait aux applaudissemens de tous la clôture de la session par ces paroles vraiment mémorables : « Ainsi se termine cette bienheureuse année ! Gloire et honneur en soient rendus, non à nous, mais au Dieu tout-puissant, avec notre éternelle reconnaissance ! »


EMILE MICHEL.