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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/688

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Un riche et beau pays, notre très proche voisin, qui de tous les pays de l’Europe est le plus près de notre cœur, le plus présent à notre imagination et à nos pensées, est aussi le plus éloigné de nous ; de jour en jour il nous devient moins accessible. On a juré de nous en fermer la porte, et cette porte est bien gardée. L’article 2 du traité de Francfort contient une clause portant « que les sujets français originaires des territoires cédés seront libres de conserver leurs immeubles situés sur le territoire réuni à l’Allemagne. » Quand les Français, propriétaires en Alsace, allèguent qu’ils ont besoin d’y séjourner pour exploiter leurs biens, on leur répond qu’ils n’ont qu’à s’en de faire ou à prendre des régisseurs. Il n’y a de sacré, paraît-il, dans le traité de Francfort que les clauses qui sont à notre charge, « Les mesures prohibitives appliquées à la frontière, a dit un Alsacien, ne sauraient avoir d’autre but que celui d’écarter le plus possible les Français de l’Alsace. Depuis la mort du maréchal de Manteuffel, l’idée en a germé dans les officines de nos maîtres. Elle se manifesta d’abord par des tracasseries. Puis, après les élections du 21 février 1887, on refusa le port d’armes aux Français et on leur défendit de louer des chasses. Peu après, survint l’obligation du permis de séjour. A partir du 10 avril 1887, tout Français fut astreint à demander ce permis. On entrait encore librement, mais on ne pouvait plus, sans permission, coucher à l’auberge ou chez un parent ; à la rigueur, on pouvait dormir à la belle étoile. De telles facilités parurent excessives ; à partir du 1er juin 1888, l’obligation du passeport fut imposée, sur la frontière française, à tous les étrangers. »

Pour qu’un Français puisse pénétrer en Alsace, il faut que