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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/673

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comprendre ce langage ? Que lui importent toutes ces considérations critiques et littéraires ? La rigidité du silence de Catherine lui prouve que sa sympathie n’est pas avec lui, que tout ce qu’il peut alléguer pour sa défense est rabattu au rang de puérilité.

Un instant d’explication tumultueuse ne peut faire entrer en elle ce qui a été pour lui le résultat de tant d’études et de réflexions complexes desquelles dépend la force de tous ses argumens. Oh ! l’épouvantable séparation que creuse l’expérience ! Il le sent et cependant il continue, lui décrivant avec angoisse, dans un langage de feu, son naufrage spirituel. L’objet de ce plaidoyer, c’est moins sa propre cause que celle de leur amour. Quand il en vient aux conseils qu’il est allé chercher auprès de Grey, Catherine se redresse brusquement, un cri aux lèvres :

— Je devais savoir la première… Il n’avait pas le droit ! .. Elle a joint les mains autour de ses genoux, les lèvres serrées, les yeux hagards. Tandis qu’elle se penche en avant, un rayon de lune effleure ses traits et révèle leur altération profonde. Il lui tend les mains avec un sourd gémissement, ne trouvant point de paroles pour répondre à cet éclat de jalousie involontaire, craignant de torturer davantage ce cœur blessé. Mais elle ne voit pas son mouvement, elle s’est couvert le visage en silence comme pour essayer de se retrouver dans ce désastre.

— Je ne puis suivre tout ce que vous venez de dire, reprit-elle presque durement. J’ai si peu lu,.. je ne puis donner aux livres la place que vous leur accordez. Vous dites que vous avez acquis la certitude que les Évangiles sont remplis d’erreurs, qu’ils reflètent la crédulité des gens de ce temps-là et que, par conséquent, vous ne pouvez les prendre comme vous les preniez autrefois ; mais qu’est-ce que tout cela signifie ? Oh ! je ne suis pas savante,.. je ne vois pas clairement mon chemin d’une chose à une autre comme vous le faites. Mais en admettant qu’il y ait des erreurs, qu’importe, après tout ? Pensez-vous que rien ne soit vrai parce que quelques détails peuvent être faux ? Jésus en a-t-il moins vécu, en est-il moins mort pour ressusciter ensuite ? Pouvez-vous douter qu’il soit Dieu, que nous devions le voir un jour ?

— Je ne crois plus à l’incarnation ni à la résurrection, répondît-il lentement, mais avec fermeté. Le Christ est ressuscité en nous, dans la vie de charité, qui est la vie chrétienne. Le miracle est le produit naturel de la sensibilité et de l’imagination humaines ; Dieu était en Jésus au plus haut degré, comme il l’est dans toutes les grandes âmes, mais pas autrement,.. pas autrement de fait qu’il n’est en vous et en moi.

Elle devenait de plus en plus pâle :

— Ainsi, selon vous, mon père, quand j’ai vu cette lumière sur