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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/672

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— Oui, répondit-elle en tremblant, j’ai pensé que tu étais tourmenté… par des questions de foi.

— Et je sais, ajouta-t-il avec émotion, je sais que tu es allée dans ta chambre prier pour moi, mon ange. Mais ensuite ce trouble a augmenté, la nuit s’est faite de plus en plus noire, tu étais à mes côtés et tu ne pouvais pourtant me secourir ; je n’osais te rien avouer, je devais combattre seul, si terriblement seul parfois ! .. Et maintenant je suis vaincu, vaincu ! Et je viens te demander de m’aider… Oui, aide-moi, Catherine, à être un honnête homme, à écouter ma conscience, à dire la vérité.

— Robert ! murmura-t-elle mortellement pâle, je ne comprends pas…

— Oh ! ma pauvre chérie ! s’écria-t-il. Puis, la tenant toujours, il ajouta, les yeux fixés sur ce visage austère et délicat :

— Depuis six ou sept mois, Catherine,.. beaucoup plus longtemps même,.. mais je ne savais pas,.. j’ai lutté contre le doute,.. oui, je doutais de ce que l’Église enseigne, de ce que j’aurais à prêcher chaque dimanche. D’abord ces doutes se sont glissés en moi à mon insu, puis leur poids est devenu plus lourd. D’autres, dans ma position, les auraient foulés aux pieds, comme des tentations criminelles en s’imposant le devoir d’y songer le moins possible, en se liant pour les dissiper au temps et à Dieu… Je ne pouvais agir ainsi. La pensée de discuter les croyances sacrées que toi et moi nous avions en commun m’était odieuse, mais, d’autre part, je me connaissais, je savais que je ne pouvais pas plus continuer II vivre avec toute une région de mon esprit volontairement fermée au reste de moi-même qu’avec un secret pour toi, Catherine. Ma foi ne pouvait être retenue par aucune tyrannie, par aucune crainte ; une foi qui n’est plus libre, qui n’est pas la loi de tout notre être, corps, âme, intelligence, me semble indigne de Dieu et de l’homme.

Catherine le regarda, saisie de stupeur, le monde semblait tourner autour d’elle ; plus effrayans que les paroles étaient l’accent, le ton, le geste, — oui, l’accent de l’irréparable. Enfin, la force de résister et de condamner se réveille peu à peu chez la jeune femme, elle va droit à la source du mal :

— Un prêtre devrait-il discuter des questions religieuses avec un ennemi de la religion ?

— Où s’arrêtent, où commencent les questions religieuses ? demande Robert.

Averti par un instinct subtil qu’il lui faut faire appel à autre chose qu’à son amour, il se lève et commence, en s’adressant à cette figure perdue dans l’ombre, la confession complète de sa vie intérieure durant les derniers mois. Tout en parlant, il éprouve une nouvelle sorte de désespoir. A quoi bon tout ce qu’il dit ? Peut-elle