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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/635

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dans les détails, elle ne peut leur donner, si elle arrive au pouvoir, la suite qu’il est nécessaire de leur donner.

« J’entends parler de pression sur l’assemblée et le gouvernement. Pression sur l’assemblée ? Que veut-on dire ? Est-ce que vous vous sentirez opprimés parce qu’on vous apportera un travail mieux élaboré, plus approfondi, plus impartialement étudié, plus rapidement présenté ? Sera-ce là une oppression ?

« On parle de pression sur le gouvernement ? Et quelle est la crainte du gouvernement ? Votre comité de soixante membres ira-t-il, par hasard, faire une invasion dans le ministère de la justice, accaparant le personnel, prenant toutes les décisions, donnant des ordres au ministre de la justice, substituant le pouvoir législatif au pouvoir exécutif ? Vos comités auraient ce pouvoir ; ce serait au ministre à résister, à en appeler à l’assemblée elle-même, contre la pression qu’on voudrait exercer sur lui. Non, ne craignez rien, ce sont de vains fantômes, il n’y aura rien de pareil. »

Si l’assemblée avait été hésitante, cette savante apologie des droits des oppositions et des minorités aurait suffi à enlever le vote. La constituante se leva presque tout entière pour décider qu’elle se partagerait en comités. Tous ces hommes jeunes, pleins d’enthousiasme, rêvaient de prendre part à l’œuvre de transformation pour laquelle ils avaient été élus, et les comités leur apparaissaient comme un moyen d’action réformatrice plus puissant et plus rapide. Quant aux anciens parlementaires, ils sentaient bien que ces comités seraient pour eux, seuls expérimentés dans l’art législatif, le moyen le plus sûr de lâcher et de serrer les freins à volonté, soit qu’ils voulussent agir comme opposition, soit qu’ils prissent la direction d’une majorité de gouvernement.

La liste des comités élaborée par la commission du règlement fut l’objet d’un très court débat. Le système n’ayant pas été pratiqué depuis plus d’un demi-siècle, personne n’était en état d’en signaler les lacunes ou les défauts. L’assemblée se borna, sur la demande de Portalis, à fondre en un seul comité les comités de la justice et de la législation civile et criminelle que, quelques jours plus tard, elle devait de nouveau séparer. On rejeta l’idée d’un comité des beaux-arts et d’un comité des pétitions, mais en revanche on décida la création d’un comité du travail chargé d’examiner les questions concernant les classes ouvrières. Sur ce point tous les partis furent d’accord, et la proposition, faite par Emmanuel Arago, fut appuyée par Stourm, Lasteyrie et Bastiat.

Le recrutement des comités par l’inscription des députés et la distribution par le bureau de l’assemblée, en cas d’excès d’inscriptions, soulevèrent des objections dont la pratique vérifia promptement la justesse, mais qui n’eurent aucun succès. Flocon fit observer