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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/589

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importance, être autorisés par le ministre ou par le préfet ; c’est le préfet qui veille à ce que l’exploitation réponde aux besoins de la consommation locale ; c’est lui qui taxe le prix du minerai et qui fixe le nombre des tombereaux à extraire. Tout se traite par correspondance, avec Paris ou avec la préfecture. Les ingénieurs des mines, placés dans cette situation subalterne, ne peuvent guère prendre goût à l’exploitation qu’ils dirigent, et comme, par lui-même, le séjour de Rancié n’a rien qui les retienne, leur unique ambition est d’en sortir. De 1813 à 1883, on a calculé qu’il est passé par ce poste vingt ingénieurs, sur lesquels cinq sont restés en fonctions moins d’un an, quatre moins de deux ans, deux moins de trois ans. Il est probable que, pendant la même période, la préfecture de l’Ariège n’a pas changé moins souvent de titulaire. Aussi les projets restent à l’étude pendant des années avant d’aboutir. Tel était, du moins, l’état des choses en 1883. Ici, notons-le bien, rien qui soit imputable au régime spécial de Rancié, cette institution féodale respectée par la civilisation moderne ; rien que le fonctionnement normal de notre organisme administratif. Ces circuits, ces hésitations, ces retards, on les retrouverait dans toutes les exploitations minières le jour où on les aurait enlevées à l’industrie privée : partout il faudrait s’attendre à voir la direction changer fréquemment de mains et procéder avec une lente régularité, car l’administration publique ne tient debout que par la hiérarchie, l’avancement et le contrôle.

Toutes ces combinaisons n’iraient qu’à ruiner la production nationale. L’extraction en commun par un groupe de mineurs travaillant chacun pour son compte est forcément désastreuse, avec ou sans surveillance administrative, dès qu’elle s’exerce sur une grande échelle ; l’exploitation en régie par l’État est condamnée par la science économique. Une entreprise industrielle ne prospérera jamais que sous la direction d’une personne privée agissant à ses risques et périls.

Sur l’intuition de ce simple aperçu, Napoléon, imposant silence aux théoriciens qu’il n’aimait guère, pouvait donc prendre parti, sans qu’il valût la peine de pousser plus avant la discussion métaphysique du droit domanial. Quelle utilité, en effet, d’attribuer à la nation un bien qu’elle est hors d’état d’exploiter directement ? Et, du moment qu’elle doit se substituer un simple particulier, pourquoi lésiner et retenir ? Les concessions temporaires, l’affermage, on les avait vus à l’œuvre sous les précédons régimes, et l’expérience les avait condamnés. Dans l’industrie des mines, la part de l’imprévu est si large, le travail si longtemps stérile, les frais tellement considérables, qu’on ne peut ni laisser à l’exploitant trop d’indépendance, ni lui assurer un trop long avenir, ni