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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/562

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carrément des frères en croyances dans ces musulmans si longtemps combattus, frères bâtards sans doute, mais tout aussi rapprochés de nous qu’Ismaël le fut d’Isaac. Ces ressemblances vont sans doute cesser avec les religions païennes qui offriront à notre auteur plus de résistance. Eh bien, pas du tout ; c’est là au contraire qu’il en découvre en plus grand nombre, ce qui d’ailleurs n’est pas pour surprendre outre mesure quand on songe que ces paganismes sont les diverses formes du brahmanisme et du bouddhisme qu’il a pu observer dans l’Inde, à Ceylan, à Java, en Birmanie, en Chine, et autres lieux qu’il prétend avoir visités. Quelque bizarres ou révoltans que soient les spectacles qui lui sont présentés, il ne s’abuse pas un seul instant ; mais avec une perspicacité naïve vraiment singulière, il va droit au sens caché sous toutes ces monstruosités extérieures, et il découvre qu’il peut les expliquer par telles et telles choses que son éducation chrétienne lui a fait connaître depuis longtemps. Les païens, croyez-vous, adorent des dieux de métal et de bois ; mais non, ils adorent les puissances, les énergies créatrices, les principes de vie et d’action morale dont ces statues sont les représentations. Ces représentations, Maundeville, avec beaucoup d’ingéniosité, les divise en deux classes, les simulacres et les idoles. Les simulacres sont de simples effigies de personnes qui ont laissé une grande réputation de noblesse ou de sainteté, comme étaient les effigies d’Hercule et autres héros dans l’antiquité, comme sont chez nous les statues de nos saints, ou bien encore des effigies de choses bienfaisantes par excellence, comme le soleil, la lune, le feu, etc. Si nous adorons nos saints, ce n’est pas parce que nous les regardons comme des dieux, mais parce que, leurs actions ayant été de celles qui sont les plus agréables à Dieu, nous supposons qu’ils sont en rapport plus direct avec lui et plus capables d’intercéder pour nous. Tel est à peu près le raisonnement que Maundeville prête à ses adorateurs de simulacres, et qu’il étend, avec beaucoup de logique, des représentations de personnes à celles de choses matérielles. « Les disent qu’ils savent fort bien que ce ne sont pas des dieux, car ils savent qu’il n’y a qu’un Dieu qui est dans le ciel, mais ils savent aussi que ces hommes n’auraient pas pu faire les merveilles qu’ils ont faites sans un don spécial de Dieu, et c’est pourquoi ils disent qu’ils étaient en bon rapport avec Dieu, et ils les adorent en conséquence. C’est aussi ce qu’ils disent du soleil qui change les saisons, donne la chaleur, et nourrit toutes choses ; ils savent bien que, s’il est de si grand profit, c’est que Dieu l’a aimé plus que toute autre chose, et puisque Dieu lui a donné une si grande vertu sur le monde, il est juste, disent-ils, qu’on l’adore. C’est ce qu’ils disent également des autres planètes, et du feu, qui est si profitable. » Les idoles, au