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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/561

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sœurs et leurs propres femmes pour les œuvres de la paillardise. Celui-ci séduit la femme de celui-là, et aucun n’a foi dans an autre ; mais ils violent perpétuellement la loi que Jésus-Christ leur a donnée pour leur salut. Aussi ont-ils perdu par leurs péchés cette terre que nous occupons. Pour leurs péchés Dieu les a remis entre nos mains ; ce n’est pas seulement par notre puissance que cela s’est fait, mais par leurs péchés. Car nous savons en toute vérité que, lorsque vous servirez Dieu, Dieu vous servira, et que, lorsqu’il sera avec vous, personne ne sera contre vous. Et nous savons parfaitement par nos prophéties, que les chrétiens arracheront encore cette terre de nos mains lorsqu’ils serviront Dieu plus dévotement. Mais aussi longtemps qu’ils mèneront, comme maintenant, des vies impures et souillées, nous n’aurons aucune crainte d’eux, car Dieu ne les aidera pas. Alors je lui demandai comment il connaissait l’état des chrétiens. Il me répondit qu’il le connaissait par ses messagers qu’il envoyait dans tous les pays déguisés en marchands de pierres précieuses, d’étoffes d’or, et autres choses pour s’enquérir des mœurs de chaque peuple parmi les chrétiens. Alors il rappela tous les seigneurs qu’il avait fait sortir de sa chambre, et il m’en présenta quatre de très considérables qui me parlèrent de mon pays et de beaucoup d’autres contrées chrétiennes, comme s’ils avaient été de ces mêmes pays ; et ils parlaient français en toute perfection, et le sultan aussi, ce qui me fut grande merveille. Hélas ! c’est un grand scandale pour notre foi et pour notre loi lorsque des gens qui ne les ont pas nous reprochent nos péchés. Et ces gens qui devraient être convertis au Christ et à sa loi par nos bons exemples et par notre vie, qui devrait être acceptable aux yeux de Dieu, sont au contraire encore plus éloignés de nous par notre perversité et notre mauvaise vie, et ce sont eux, étrangers à notre sainte et vraie croyance, qui nous accusent d’être des hommes de mauvaises mœurs et des maudits. Et ils disent positivement vrai, car les Sarrasins sont pieux et fidèles, et gardent entièrement les commandemens de leur saint livre Alcoran, que Dieu leur envoya par son messager Mahomet, auquel, disent-ils, l’ange saint Gabriel révéla souvent la volonté de Dieu.

Les dernières lignes soulignées laissent assez clairement, ce nous semble, transparaître la vraie pensée de l’auteur. Il serait peut-être téméraire d’affirmer que Maundeville tenait l’islamisme pour une véritable révélation, toujours est-il qu’il s’exprime comme si c’était bien là son opinion.

Tant que les religions ont des rapports aussi directs et aussi étroits que le christianisme et l’islamisme, la thèse de Maundeville se prouve avec une telle évidence et une telle simplicité qu’elle pourrait passer pour un truisme, n’était la liberté d’esprit qu’il a fallu cependant à un homme du XIVe siècle pour reconnaître