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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/550

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peut-elle la donner à la France ? Tant de chutes qu’elle a faites depuis 1789 prouvent peut-être quelque chose contre sa valeur, mais surtout mettent un véritable obstacle à son retour. Chaque dynastie, en tombant, a laissé ses héritiers, qui sont autant de candidats au trône, autant de partis capables, au besoin, de guerre civile. Comment faire une monarchie parmi ces monarchistes, dont chacun veut la sienne, sans compter les républicains qui n’en veulent d’aucune sorte. »

Cela étant, ce qu’il croyait urgent de chercher, c’est comment on pouvait constituer un gouvernement qui rendit à la France ce dont elle avait le plus besoin, la confiance en l’avenir. Il écrivit à ce sujet plusieurs études très utiles à relire, surtout en ces jours d’incertitude que la France traverse actuellement : République ou monarchie, République conservatrice, Réflexions d’un optimiste. Il les publia en volume, en 1875, sous le titre de Politique actuelle.

Contraste fréquent sous l’ancien régime et encore aujourd’hui en Angleterre, par ses idées il appartenait au groupe radical et jusqu’à un certain point socialiste et, d’autre part, par ses habitudes, il ne se plaisait que dans les mondes les plus choisis. Dès sa jeunesse, républicain de principe, il avait pris part aux combats de juillet 1830 ; plus tard, sous Louis-Philippe, il ouvrait sa bourse et ses salons à tous les « avancés » honnis ou persécutés ; en 1848, il fut nommé membre du gouvernement provisoire ; mais il avait conservé toutes les traditions d’un gentilhomme du XVIIIe siècle [1]. Élégant de manières et de costume, aimant la société, où il était très recherché, raffiné dans ses goûts, amoureux de tout ce qu’il y a d’exquis dans la culture parisienne, aristocrate jusqu’au bout des ongles, un républicain en gants jaunes, comme disaient ses amis, il avait horreur du règne de la médiocrité et de l’ignorance et de la grossièreté des foules. Il acceptait le triomphe de la démocratie, parce que, comme Tocqueville, il la croyait inévitable, mais il ne l’aimait pas et il en voyait tous les périls. La démocratie, disait-il, c’est-à-dire le gouvernement du peuple, était chose naturelle chez les anciens, parce que les hommes libres, une minorité d’élite entretenue par les esclaves, n’avaient guère à s’occuper que de la chose publique ; mais chez nous elle est une chimère ou une absurdité ; une chimère, si le peuple se laisse guider par César ou par Catilina ; une absurdité, si réellement la plus difficile des fonctions, qui

  1. M. Gaston David, de Bordeaux, qui a épousé la seconde fille de Dupont-White, m’écrit qu’il prépare une notice biographique sur son beau-père. Ce qu’il faudrait, c’est une biographie complète, comme les Anglais en consacrent à leurs écrivains, avec nombreux extraits de livres et de correspondances, d’autant plus que Dupont-White écrivait ses lettres avec soin et non sans recherche, comme on le faisait au XVIIIe siècle.