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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/482

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débat qui va s’ouvrir prochainement sur le suffrage universel, comme dans les discussions financières qui sont déjà engagées. Qu’en sera t-il ? Le ministère, il faut le dire, n’a pas été heureux pour son début dans ces discussions financières qui ont éclaté pour ainsi dire dès l’ouverture de la session et où il devait rencontrer l’opposition la plus vive. Avant d’en venir au budget de 1890-1891, qui a été récemment proposé par le gouvernement, les conservateurs représentés par un ancien ministre des finances, M. Cos-Gayon, ont demandé au congrès de valider par une loi le budget de 1889-1890, qui a été promulgué simplement par un décret royal, il y a quelques mois, au moment de la séparation des chambres. Pour ne rien exagérer, le ministère était strictement dans son droit constitutionnel en prorogeant par un décret de nécessité, pour 1889-1890, le budget de l’année précédente. Les conservateurs étaient aussi manifestement dans leur droit en demandant qu’on donnât la sanction de la loi à un acte nécessaire peut-être dans tous les cas exceptionnel et temporaire. Au premier moment, le ministre des finances, homme des plus sérieux, M. Gonzalez, a paru tout disposé à accepter la proposition ; il n’a élevé ni objection ni difficulté Bientôt cependant, comme s’il soupçonnait quelque piège ou comme s’il ne voulait pas paraître céder à des adversaires, le gouvernement au risque de se désavouer, a rétracté son adhésion et n’a plus rien accepté. De là des discussions violentes, acerbes, où le ministère a eu tous les désavantages d’un pouvoir indécis, flottant dans les contradictions, se désavouant lui-même du jour au lendemain.

C’était, à dire vrai, mal commencer la session, préluder assez médiocrement aux discussions qui vont s’ouvrir soit sur les affaires financières du pays, soit sur le suffrage universel, pour lequel le ministère s’est engagé et qu’il aura peut-être quelque peine à faire accepter M. Sagasta est sans doute un habile tacticien qui, par sa dextérité par ses temporisations, a su jusqu’ici se tirer de bien des embarras et pourrait s’en tirer encore. On ne distingue pas moins, dans ces cortès aujourd’hui ouvertes au-delà des Pyrénées, des présages de prochains orages parlementaires et tous les signes d’une situation difficile Après cela, au milieu de ces confusions intérieures, quelle signification particulière pourrait avoir ce voyage de l’archiduc Albert d’Autriche à Madrid, qui a été tout récemment dans le congrès l’objet d’une interpellation assez vive ? L’incident le plus simple sans doute a été interprété de toute façon. On a dit bien des choses, on a dit surtout que l’archiduc Albert avait été envoyé au-delà des Pyrénées pour tenter de gagner l’Espagne à la triple alliance. Le plus vraisemblable est que l’archiduc, oncle de la reine régente, est allé visiter sa nièce et qu’il n’avait aucune autre mission diplomatique. Ce qu’il y a de plus certain encore, c’est que, sous le ministère de M. Sagasta comme sous le ministère conservateur qui pourrait lui succéder, l’Espagne n’a rien à voir