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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/480

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protection, et, tout compte fait, l’Angleterre reste seule juge du moment où l’occupation ne sera plus nécessaire, où les habits rouges pourront être rappelés de la vallée. du Nil. C’est ce que le premier ministre de la reine appelle la « politique invariable » de l’Angleterre ! Quant au second point, à l’état de l’Europe, lord Salisbury n’attache pas visiblement une grande importance à tout ce mouvement de voyages et de négociations qui excite toujours la curiosité du continent, pas plus qu’à la Bulgarie ou aux affaires de Crète. Il a parlé en homme plein d’une confiante sérénité et n’a pas craint d’annoncer la bonne nouvelle que, dans ces derniers temps, « le baromètre de la paix a sensiblement monté. » S’il en est ainsi, rien certes de plus heureux. Par exemple, le premier ministre de la reine n’a pas dit les raisons particulières qu’il avait de croire à cette hausse rassurante du « baromètre de la paix, » et il s’est encore moins expliqué sur une question souvent agitée jusque dans la chambre des communes, celle des engagemens qu’aurait pris l’Angleterre dans les éventualités qui pourraient se produire en Europe. Lord Salisbury s’est sans doute tiré habilement d’affaire en déclarant que l’Angleterre n’avait pas pu s’engager pour des événemens inconnus, qu’elle était pour la paix, pour l’état territorial fixé par les traités, pour l’état existant dans la Méditerranée ; mais c’est précisément la question de savoir ce qu’on entend par l’état territorial, par l’état de la Méditerranée, jusqu’à quel point l’Angleterre s’est liée sur tout cela avec d’autres puissances par ses explications, par une entente éventuelle, et, si lord Salisbury a cru répondre victorieusement aux doutes récemment manifestés par M. Gladstone, par lord Derby, il s’est peut-être trompé. Il a laissé subsister une équivoque contre laquelle la seule garantie est le bon sens du peuple anglais, qui ne se laisserait pas sans doute facilement entraîner dans les querelles continentales.

La saison des vacances, du repos ou des voyages est passée en Espagne, comme elle commence à passer un peu partout. La reine régente, après sa paisible villégiature autour de Saint-Sébastien, est revenue depuis quelques jours à Madrid, et avec elle sont rentrés les ministres, ses conseillers. Les membres du parlement, sénateurs ou députés, qui ont visité leurs provinces ou ont voulu venir voir l’Exposition de Paris, en faisant une station à Biarritz, ont regagné de leur côté la capitale espagnole.

C’est le moment où la politique se réveille, où les cortès, qui étaient ajournées depuis l’été, viennent de se réunir. Le bon temps est peut-être passé pour le ministère, pour le président du conseil, M. Sagasta, qui, à vrai dire, est depuis longtemps tout le ministère espagnol. Le chef du cabinet libéral de Madrid a pu vivre pendant quelques mois sans être trop troublé, sans avoir à compter avec les embarras intimes de gouvernement, les dissidences de majorité ou les assauts d’une