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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/473

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renaîtra sous toutes les formes, à tout propos, dans toutes les délibérations et dans toutes les résolutions, qu’il s’agisse d’un vote parlementaire ou d’un simple acte administratif, du choix d’un président ou de la vérification des pouvoirs.

C’est toujours une difficulté sans doute de faire entrer dans la réalité, dans la pratique des choses ce que tout le monde pense ou sent, ce qui a été comme le mot d’ordre d’un grand mouvement public. C’est surtout une difficulté avec des partis qui, la veille encore, se combattaient violemment et qui le lendemain se retrouvent en présence dans une assemblée, tout pleins de leurs ressentimens, de leurs animosités et de leurs défiances. Non, assurément, ce n’est pas facile ; mais ce n’est pas impossible, puisque c’est nécessaire, et la première condition pour ceux qui ont le sentiment de cette situation nouvelle, c’est de rester dans la vérité de leur rôle, de ne pas laisser une idée simple et juste s’égarer ou s’émousser dans les subtilités et les équivoques des tactiques intéressées. On résistera, on se débattra, on se débat encore, et, au bout de tout, il faudra bien y venir ; il faudra bien arriver à ce concordat nécessaire de la raison, de l’équité libérale, du patriotisme, parce qu’on ne peut pas faire autrement, parce que c’est le pays qui l’a voulu. Ce qu’il y a de plus singulier, c’est que, dans le premier moment, les républicains eux-mêmes, la plupart des républicains du moins ne méconnaissaient pas le caractère des élections dernières, la signification intime et profonde de cette manifestation d’opinion. Ils le sentaient, ils le disaient ; encore émus de la crise à laquelle ils venaient d’échapper, ils étaient les premiers à convenir que ce n’était plus le moment de recommencer une expérience qui avait failli coûter un peu cher, qu’il fallait se hâter de satisfaire et de désintéresser le pays. Ils ne parlaient que de conciliation, de tolérance, d’apaisement, d’une politique d’affaires. C’était le commencement de la sagesse ! Ils se sont rassurés depuis et ils sont revenus à leurs illusions, à leurs préjugés de parti. Ils ne parlent plus maintenant que des lois républicaines, de la politique républicaine, de la concentration républicaine. La conciliation, ils la pratiquent avec les radicaux en se hâtant de nommer M. Floquet président de la chambre nouvelle. On dirait qu’ils n’ont plus aujourd’hui d’autre préoccupation que de maintenir les vieilles divisions des partis et de rassurer leurs alliés les radicaux, pour les amener à la sagesse, — que toute leur crainte est de paraître se désavouer, d’avoir l’air de rechercher l’alliance des conservateurs, de traiter avec eux ou de subir leurs conditions. Les habiles tacticiens de l’opportunisme se débattent dans d’étranges contradictions. Ils veulent faire du gouvernement et de l’ordre avec les radicaux, destructeurs de tout Ordre et de tout gouvernement. Ils veulent faire de la conciliation en excluant les conservateurs. Ils bataillent contre des chimères et se perdent dans tous