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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/457

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continent, les œuvres de la charité ; ce sera l’honneur de la France de vous voir achever son œuvre, en portant la civilisation chrétienne bien au-delà de ses conquêtes, dans ce monde inconnu dont la vaillance de ses capitaines a ouvert les portes. »

Un an après ce premier départ, dix autres pères blancs prenaient la route des Hauts-Plateaux. Ainsi que l’a dit M. Jules Simon au cours d’une conférence faite à la Sorbonne en février dernier, le spectacle de ces missionnaires consolerait un peu des misères qui se passent en Afrique, si on pouvait jamais s’en consoler. « Mais enfin, a-t-il ajouté, plus on est malheureux de savoir qu’elles existent, et plus on sent le besoin et le devoir d’exprimer la profonde admiration et la profonde reconnaissance que méritent ces jeunes hommes qui partent à vingt-quatre ans, abandonnant leurs parens, leurs amis, presque leurs idées et leurs sentimens, laissant tout ce qu’ils ont de grand et de cher derrière eux, et allant au loin affronter de tels maux et guérir ou consoler de telles souffrances. Oh ! que nous nous servons mal de notre admiration et de notre reconnaissance ! Nous avons de l’admiration pour des actions qui en méritent bien peu et de la reconnaissance pour des bienfaits qui souvent tournent contre nous. Mais les voilà, les âmes généreuses, les âmes compatissantes, celles qui sont remplies d’éternité ! Les voilà ! Si jamais de cette réunion quelque bruit pouvait sortir, je voudrais qu’il passât, sans s’arrêter, par-dessus la France et par-dessus l’Europe, et qu’il allât dans quelques-uns de ces pays inconnus, dont nous savons à peine le nom, où ils sont quatre ou cinq, vivant de privations inouïes, ayant de temps en temps le spectacle de ces horreurs et, semblables aux nègres de Zanzibar, entendant toute leur vie le cri de la mère quand un coup de pistolet a tué son enfant dans ses bras. »

C’est sur les bords des lacs Nyanza et Tanganyika que se sont établis les missionnaires ayant dans leur voisinage d’autres collègues anglais et protestans attachés comme eux à la grande œuvre d’émancipation et de charité. Parfois, ils se prêtent une mutuelle assistance, car, à cette distance de la mère patrie, des hauteurs où la foi les porte, les mesquines dissidences disparaissent. Des lacs, les pères blancs écrivent à leur chef spirituel, entretenant ainsi en lui cette ardeur de propagande qui en fait un Pierre l’Ermite moderne ; ils lui disent leurs travaux, leurs espérances et ce qui se passe autour d’eux. Lisez leurs lettres, si, toutefois, vos larmes vous le permettent, et après les avoir eues sous les yeux vous n’hésiterez pas à donner votre obole et à prêter votre aide aux mesures qui doivent faire cesser de telles atrocités.

On pourrait supposer que ce qu’écrivent les pères blancs est