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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/429

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convention de pèche, c’était un traité d’alliance et d’amitié entre la Grande-Bretagne et la « plus grande » Bretagne, un véritable pacte de famille entre la fille et la mère. Il serait cruel de rappeler ce qui advint du traité Bayard-Chamberlain. Une seule union devait résulter de ce voyage diplomatico-sentimental : celle du grand orateur, veuf depuis quelques années, avec miss Endicott, fille du secrétaire d’état de la guerre, la grâce et le charme des salons de Washington.

N’est-il pas singulier ; et même significatif que lord Randolph Churchill et Mi. Chamberlain aient épousé tous deux des Américaines ? Les milieux d’origine sont, d’ailleurs, tout différens. Miss Jérôme est la fille d’un spéculateur de New-York. Miss Endicott descend d’une longue lignée de colons puritains. On sait qu’il y a une sorte d’aristocratie aux États-Unis : elle consiste à pouvoir revendiquer un ancêtre sur la M Mayflower qui amena, en 1628, sur les dunes du Massachusetts, une élite immortelle de proscrits. J’ignore si miss Endicott avait un ascendant direct sur le bienheureux bateau. Mais elle se rattache par une filiation certaine à cette forte race qui peupla le rivage oriental de l’Amérique et fut, cent cinquante ans plus tard, le plus énergique agent de son émancipation.

Le mariage fut célébré le 15 novembre 1888, m. Chamberlain ramena sa femme en Angleterre. Birmingham la reçut comme une jeune reine ; après quoi, elle parcourut l’Ecosse au bras de son mari, au milieu des hurrahs, prenant avec un sourire les bouquets que lui apportaient les jeunes filles, tandis que M. Chamberlain remerciait en quelques mots sobres et graves. Ainsi, de meeting en meeting, d’ovation en ovation, le tribun promena, sa lune de miel. Ce fut pour lui, sans doute, une heure très douce, une joie profonde de pouvoir montrer à la femme aimée combien il était grand dans son pays et de lui offrir ces fêtes de la popularité que les empereurs et les rois ne connaissent plus.


V

Au printemps précédent, M. Chamberlain était revenu en Europe pour assister à un curieux spectacle : la mise en pratique de ses propres idées par le parti qu’il avait combattu toute sa vie. Puisque M. Parnell était devenu le mentor de M. Gladstone, pourquoi donc M. Chamberlain n’aurait-il pas été l’inspirateur de lord Salisbury ?

Ce n’était pas là, — qu’on le comprenne bien en France, — une de ces coalitions honteuses qui se nouent sans scrupule à la veille