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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/396

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ou superflues, sans orientation définitive, sans objectif précis, sans idéal, sans loi. Exclus de la famille, il leur manque à la fois la force matérielle et la force morale. Il est temps de les émanciper, de leur rendre la place au foyer et à la lumière. En somme, cela revient à constituer, dès le temps de paix, les groupemens prévus pour les brigades de corps et à les exercer, — comme on le fait pour la cavalerie indépendante, — à leur rôle tactique, à l’action d’ensemble.

Plus on considère, en effet, l’organisation existante, plus en éclate l’incomparable illogisme. — Partout on en voit les inconvéniens et nulle part les avantages. Ni la répartition, ni l’éducation qui en résultent ne correspondent au but, à l’emploi en campagne. Elle compromet à la fois la rapidité de concentration et la solidité du commandement ; elle laisse la moitié de notre cavalerie languir dans un isolement et une stagnation funestes, exposée à toutes les fantaisies, à tous les hasards ; elle lui retire, avec la cohésion, la vitalité et la confiance ; elle la prive de l’aptitude tactique et de l’aptitude morale. En regard, ses avantages sont nuls ou illusoires. Ni au point de vue du budget, ni au point de vue de la mobilisation, elle ne procure un bénéfice sérieux. Sauf les états-majors des divisions, tous les élémens du commandement existent ; il n’y aurait qu’à les grouper. Enfin, l’organisation de la cavalerie territoriale est absolument indépendante de celle de la cavalerie active. Aucune bonne raison ne peut donc la justifier. D’un trait de plume, sans perturbation, sans dépenses, on pourrait rendre à cette partie anémiée et découragée la vitalité et l’énergie. A la tête de ces divisions nouvelles, il faudrait constamment maintenir des chefs ardens, convaincus de la grandeur de leur mission, de la possibilité de la remplir ; au-dessus de tous, enfin, le ministre devrait assurer, par son action directe, — sous quelque forme qu’elle se manifeste, — un centre inattaquable et permanent, un foyer de cohésion et de rattachement, une inébranlable unité d’impulsion et de doctrine.

Alors seulement la cavalerie entière, soustraite aux influences latérales, assurée du but, confiante en sa force, pourrait marcher d’un seul et vigoureux essor vers l’idéal entrevu. A la place des doutes, des discussions, des défaillances, brillerait la foi : cette foi ardente et irréfragable sans laquelle on peut bien affronter la mort, mais rarement conquérir le succès.

A une réforme aussi rationnelle, calculée sur les exigences pratiques de la guerre, on a opposé et on opposera encore des argumens philosophiques, d’autant plus sonores qu’ils sont plus vides. On accusera la cavalerie de viser à une autonomie égoïste, et l’on rappellera que le particularisme fut souvent un indice de dégénérescence. Il est vrai, le particularisme est une faiblesse quand