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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/390

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guerre, il faut supposer le corps d’armée encadré, faisant partie d’un ensemble, et ramener le développement de son front de combat à 3 ou 4 kilomètres. Si l’on manœuvre avec aisance sur cet espace restreint, alors on se montrera un tacticien, non du passé, mais de l’avenir ! Du même coup, il faut enfermer dans la collection des exercices du Champ de Mars les manœuvres avec ennemi figuré par des fanions, ou représenté par des groupes à effectifs considérablement réduits. Ces lignes ou ces colonnes factices se meuvent et se forment avec une aisance et une rapidité invraisemblables. Jamais elles ne produisent un effet correspondant à leur valeur de convention. Trompées elles-mêmes, elles trompent l’adversaire, faussent les idées sur la portée de la menace, sur l’étendue du front de combat, sur la durée de la manœuvre. On peut s’en servir avec fruit dans les manœuvres préparatoires (que nous appellerions plus volontiers évolutions) en les réduisant au rôle de simples plastrons. Mais quand des corps d’armée sont réunis, — on sait au prix de quels sacrifices, — ce n’est plus pour confectionner ces petits tableaux de convention, c’est pour faire utile et grand.

Alors quel programme nouveau permettra d’aborder les manœuvres d’automne dans les conditions les plus rapprochées de la guerre, de les mettre, pour ainsi dire, au point moderne ?

A grands traits on peut l’esquisser ainsi.

Une première période, dite préparatoire, comprendrait les marches et combats des régimens, brigades, divisions, et servirait en même temps à la concentration de ces différens groupes. Ainsi, le premier jour, les deux régimens de la même brigade, opposés l’un à l’autre, exécuteraient une marche d’approche et livreraient un combat d’avant-garde. A l’issue de la journée, ils se trouveraient naturellement concentrés. Doux exercices analogues réuniraient successivement les brigades en divisions, et les divisions en corps d’armée. Cette période durerait de quatre à six journées.

La deuxième période dite essentielle serait uniquement consacrée aux manœuvres d’ensemble des corps d’armée. Deux corps limitrophes, concentrés dans les conditions précédentes, accompliraient, opposés l’un à l’autre, une série d’opérations d’une durée de cinq à six jours, puis, réunis sous le commandement d’un général d’armée, exécuteraient des manœuvres combinées : marches d’approche, déploiemens, changemens de fronts, etc. Et pour donner à cette période une consécration efficace, en même temps que pour en retirer des enseignemens durables, les membres du conseil supérieur de la guerre y seraient convoqués comme arbitres. Réunis, à la fin de la journée, dans des sortes de conférences du plus puissant intérêt, ces futurs chefs de nos armées de campagne