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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/301

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Menteur, il l’est certainement plus que crédule ; toutefois il est souvent assez difficile de dire jusqu’à quel point il l’est. La vérité sur ce sujet délicat nous semble avoir été dite par le docteur Chalmers, qui remarque que Maundeville rapporte plus souvent qu’il n’affirme, et qu’on lui a dit plus souvent qu’il n’a vu. Et quels sont ceux qui lui ont dit ? Des moines grecs ou syriens, des Arabes, des Tartanes, tous gens qui n’ont pour la vérité qu’un respect superficiel et qui aiment mieux la trouver toute faite que la chercher. Il faut donc tenir le plus grand compte des peuples parmi lesquels il a voyagé et chez lesquels il a trouvé ses informateurs. L’Orient est le pays traditionnel par excellence, et c’est pourquoi il est le pays éternel des beaux contes. Les voyageurs du moyen âge, en Asie, racontent des fables, par les mêmes raisons que longtemps avant eux, Hérodote, qui s’était enquis nécessairement auprès des mêmes peuples, en a fait la substance même de ses incomparables récits. Nos voyageurs modernes ne sont plus crédules, parce qu’ils apportent avec eux leurs lumières d’Europe et qu’ils n’ont plus recours aussi directement aux Orientaux ; mais nous croyons fort qu’aujourd’hui encore, le voyageur qui se bornerait à les interroger et à rapporter leurs témoignages risquerait de faire un récit qui ne serait pas trop éloigné de celui de Maundeville. Au moment même où nous nous occupions de lui, le hasard de nos lectures nous a fait tomber sur les charmantes Esquisses de Perse de sir John Malcolm, diplomate anglais de la première partie de ce siècle qui eut son heure de succès mérité, tant pour les services rendus à son pays dans la Perse et dans l’Inde que par ses talens d’écrivain. Ces Esquisses de Perse sont la plus complète justification de Maundeville. Il n’est ni crédule, ni superstitieux, ni menteur celui-là, mais comme en vrai gentilhomme qu’il est, il n’attribue pas à sa science un mérite trop supérieur à la naïve ignorance, comme il tient plus à connaître les peuples parmi lesquels il vit qu’à les éblouir de ses lumières, il interroge familièrement les gens qui l’approchent, guides, bateliers, soldats, interprètes, et il s’ensuit qu’en rapportant les histoires et les opinions qui lui ont été ainsi communiquées, il a écrit un livre qui est une véritable annexe des Mille et une nuits. Pas de ville dont l’origine ne soit pas quelque peu l’œuvre des esprits, pas de gorge de montagnes qui ne soit le séjour de quelque variété de démons, pas de localité qui n’ait sa légende.

Ce même livre de sir John Malcolm peut aussi nous servir à atténuer quelque peu le reproche de compilation qui est adressé à Maundeville. Il a beaucoup emprunté à ses prédécesseurs, cela est hors de doute ; mais tous les emprunts qu’on signale sont-ils absolument certains ? Il répète certaines choses qui se trouvent chez