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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/214

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Voltaire, Bibliographie de ses œuvres, par M. George Bengesco. Paris, 1882-1889 ; Rouveyre et Perrin.


Parmi nos grands écrivains, s’il en est un dont la Bibliographie soit indispensable à l’intelligence entière de ses œuvres, c’est assurément Voltaire, — et on en voit aisément les raisons. Il a d’abord, lui tout seul, autant ou plus écrit que Montesquieu, Rousseau, et Diderot ensemble. En second lieu, s’il a comme eux écrit quelquefois sous son nom, il a peut-être écrit encore davantage sous des noms supposés ; — et Quérard, qui jadis, dans sa Bibliographie voltairienne, ne relevait pas moins de cent trente-sept pseudonymes du grand homme, en a certainement oublié quelques-uns. Enfin, son œuvre est plus ou moins qu’une œuvre, c’est une action, et tout le monde sait que la littérature, pendant plus de soixante ans, n’a pas été pour l’auteur de l’Essai sur tes mœurs et du Dictionnaire philosophique un art, mais proprement une arme. Il en résulte que, s’il y a des écrits qu’on ne puisse pas détacher de leur cause ou de leur occasion, dont le sens et la portée ne dépendent pas moins de la date et des circonstances de leur publication, en dépendent même davantage, que de l’effet qu’ils peuvent produire encore aujourd’hui sur nous, ce sont les siens. Un seul exemple le fera bien voir. En quelle année les grands comédiens, ceux de l’Hôtel de Bourgogne, ont-ils joué le Polyeucte de Corneille ? en 1640 ou en 1643 ? La question est intéressante, sans doute, et, à la réponse qu’on en donne, plusieurs autres questions sont liées ; elle n’est pas importante, je veux dire qu’elle ne fait rien, ou peu de chose, à l’histoire du théâtre français et à la connaissance du génie de Corneille. Mais, en quelle année précise, ou plutôt en quel mois de l’année 1762 a paru le Sermon des cinquante ? avant ou après la Profession de foi du vicaire Savoyard ? La question n’est pas intéressante seulement, elle est