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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/194

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foi du charbonnier, depuis le 24 août 1883 ? Dans les lierres de Goritz. Ce qui reste de foi politique dans notre peuple est au service de la république ; et l’on ne peut constituer un peuple qu’en utilisant la somme de loi qui vit encore en lui. Pour se convaincre de l’attachement des Français à cette étiquette de gouvernement, il n’était pas besoin des dernières élections ; cet ordre de démonstrations est peu concluant, le lendemain apporte parfois une démonstration contraire. La conviction s’est créée, chez plusieurs d’entre nous, en observant ce peuple dans les occasions où son âme se montre en liberté. Elles nous ont été souvent offertes ; depuis les funérailles de Victor Hugo, où le sentiment général de la foule se dégageait avec tant de clarté, jusqu’à l’inauguration de la Sorbonne, où le vœu de la jeunesse instruite se déclarait aussi nettement. En d’autres circonstances, dans des manifestations populaires dirigées à leur insu contre l’existence de la république, l’attachement à la république ne se révélait que mieux. Après chacune de ces journées, qui n’est rentré chez soi avec une impression indéfinissable par des mots, incommunicable par des raisonnemens, mais absolument déterminante, et que nous traduisions ainsi : la formule est pour longtemps indestructible ; on y pourra tout mettre, même les choses les plus douloureuses aux vrais républicains ; mais on ne pourra pas la changer.

On est conduit ainsi à l’opinion exprimée par le leu duc de Broglie, dans ses Vues sur le gouvernement de la France : « S’il arrive, disait-il, que plusieurs prétendans se rencontrent, inégaux en titres aux yeux de la raison et de l’histoire, mais égaux ou à peu près en chances de succès ; dans ce cas, il sera sage de préférer la république à la guerre civile ; ce sera, dans ce cas encore, le gouvernement qui divise le moins, et qui permet le mieux à l’esprit public de se former, à l’ascendant légitime de grandir et de triompher en définitive. Il sera donc, au besoin, sage de s’y résigner. » L’illustre homme d’état ajoutait : « Il sera sage en même temps de ne considérer le régime républicain que comme un pis-aller, comme un état de transition. » — C’est à peu près ce que répètent aujourd’hui beaucoup de voix découragées ; et les échos ne nous parlent que de résignation, d’espérances qui se réservent.

Ce langage, autorisé par des opinions considérables, répond sans doute aux nécessités de l’heure présente, telles qu’on les voit dans les milieux politiques. Se fera-t-il entendre sans peine en dehors de ces milieux ? Les esprits sont si divers ! Ne parlons point des soldats qui veulent rester sous les armes, en selle pour la bataille. Rien de plus naturel et de plus explicable. Parlons de ceux qui veulent bien désarmer, et qui réfléchissent autant qu’on peut réfléchir dans une position fatigante, entre deux selles. — Il y a les