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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/185

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les cabinets, où l’on se doit à soi-même, à l’heure des plus cruelles irrésolutions, d’affirmer L’unité et la continuité des vues. Un peuple a mis dans une arche le signe et la sauvegarde de sa nationalité ; pour ceux qui gouvernent ce peuple ou qui ont mission de lui parler, les bons usages et les convenances veulent qu’ils chantent des hymnes devant l’arche, qu’ils dansent au besoin, tout en étant renseignés sur le vide du meuble sacré. Mais le doute qui a gagné les lévites ne tarde pas à descendre dans le peuple ; il fait des progrès rapides, quand il est aidé par l’esprit réaliste, dont c’est la spécialité de briser les arches. Pourtant, si la foi aux principes de 1789 devait persister quelque part, c’était parmi les classes populaires ; là, ils ne peuvent être l’objet d’un examen rationnel, ils se réduisent à quelques mots cabalistiques, synonymes d’émancipation et de bonheur. Le peuple commence-t-il à se détromper ? Son humeur actuelle vient de se révéler par un engouement où l’on discerne un peu de tout, excepté le pieux souci de la Déclaration des droits.

Ainsi, en 1889, l’année commémorative du centenaire nous retrouve dans un état de perturbation morale très semblable à celui de 1789 ; aujourd’hui comme alors, il y a lutte entre les idées officielles et les idées réelles, entre les principes affiché » dans les actes publics et ceux qui opèrent un travail efficace dans le 1er intérieur. Nous voyons à distance comment l’ancien régime reçut un coup mortel, le jour où l’on représenta le Mariage de Figaro ; on écrira peut-être dans cent ans que l’institution révolutionnaire fut aussi grièvement touchée, le jour où pour la première fois on a professé en France la doctrine de Darwin. A la veille des états-généraux, un observateur superficiel pouvait se méprendre sur l’ébranlement profond de la société française ; l’ancien régime subsistait, intact en apparence ; la royauté commandait au nom du droit antique, elle était obéie par ses organes ; le peuple idolâtrait son souverain, les témoignages contemporains sont formels à cet égard. Cependant la majesté de l’étiquette ne cachait plus que le néant ; dans tous les esprits pensans, conducteurs de la société, la philosophie avait détruit les racines de l’arbre encore debout. On allait rendre à Versailles des hommages de bienséance, comme sous Louis XIV, mais on rentrait à Paris en s’entretenant des changemens inévitables ; chacun pressentait une révolution qui ferait passer dans la pratique sociale les théories maîtresses des intelligences. De même aujourd’hui. Les principes qui triomphèrent alors ont à leur tour la possession d’état ; ils sont gravés sur tous nos murs, ils président à la confection des lois ; on les célèbre dans les cérémonies, ils protègent des intérêts ; mais leur vertu est épuisée ; leur décadence fait l’entretien public des écrivains, l’entretien secret des