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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/175

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disposée avec aisance dans un milieu architectural, restitué sans pédantisme, mais selon la vraisemblance archéologique, réunit, dans une action intéressante, une multitude de personnages en toges étudiés avec le plus grand soin dans leurs types, dans leurs gestes, dans leurs attitudes. C’est par des recherches patientes de ce genre qu’on renouvelle un art affaibli, non par des pétarades de couleur et des fantasmagories du pinceau.

A Florence, à Milan, à Venise, on se tient plus terre à terre, mais on y observe, avec une attention plus sérieuse et plus libre qu’autrefois, soit le pays, soit les habitans. Les Maremmes toscanes et le Retour du pâturage par M. Gioli, le Chœur de Sainte-Marie-Nouvelle par M. Pesenti, la procession de jeunes filles entourant la bannière de la Madone de l’Impruneta par M. Faldi, les notes plus modestes de MM. Lega, Signorini, Fattori, marquent un mouvement, trop timide encore, mais délicat et sincère, vers l’analyse de la réalité environnante. Dans la Haute-Italie, à Milan surtout, l’activité dans ce sens est encore plus marquée ; c’est de là que semble devoir se répandre la lumière. Le remarquable tableau de M. Morbolli, les Derniers Jours, représentant une salle d’hospice où sont assis, sur des banquettes, plusieurs rangées de vieillards, n’est point différent sans doute, par son aspect, des bons ouvrages français ou belges représentant des scènes de ce genre : mais l’unité grave de la coloration, la distribution discrète, juste, nuancée, de la lumière, l’expression précise, variée, délicate des physionomies, y apparaissent comme des qualités longtemps négligées par la virtuosité méridionale et qu’on voit rentrer avec satisfaction dans l’ordre de ses préoccupations nouvelles. Les tentatives de MM. Bazzaro, Segantini, Carcano, dans le paysage animé ou vide, sont plus hardies, plus originales, plus italiennes. La vue d’un pont de Chioggia par M. Bazzaro, sur lequel passent, au coucher du soleil, plusieurs femmes enveloppées dans leurs voiles blancs, a frappé avec raison le public, non-seulement par l’allure recueillie des figures, mais aussi par l’exacte et poétique entente de la lumière évanouie. Les études, violentes et dures, parfois maladroites encore, de bestiaux et de paysans que M. Segantini poursuit hardiment dans les hautes régions des Alpes, ont un accent de sincérité résolue et un ferme éclat dans l’air et dans la lumière tout à fait remarquables. Le dessin de M. Segantini est net et tranchant jusqu’à la brutalité, mais n’est-ce pas une réaction nécessaire après tant de fadeurs et d’amollissemens ? On remarque aussi quelque dureté, par les mêmes raisons, dans les études panoramiques de M. Carcano, le Lac d’Iseo et la Plaine lombarde, mais l’exactitude rigoureuse de ces paysages leur donne une grandeur âpre et réelle. Si, à côté de ces trois peintres, on