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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 96.djvu/164

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principal, que la solidité des meubles, la somptuosité des tentures, le miroitement des étoffes prennent trop de place, surtout dans ses portraits d’apparat ; les carnations y semblent alors minces et sèches, et c’est grand dommage, car les visages y sont traités avec un sentiment physionomique très libre et très franc. On apprécie mieux la valeur de ce sentiment loyal dans des images plus simples comme celle de Feu M. Jamar, gouverneur de la Banque nationale, assis dans son fauteuil, un livre rouge à la main. Entre temps, M. Wauters fait des excursions en Afrique ; il en rapporte des études en plein air, ensoleillées et joyeuses, d’une sincérité évidente, comme le Pont de Kasr-el-Nil et le Pont de Boulaq au Caire.

L’exposition de M. Alfred Stevens, le plus Parisien des Belges et le plus Belge des Parisiens, est aussi extrêmement brillante. Nul plus que M. Stevens n’a contribué à mettre en honneur, dans la peinture contemporaine, la jolie femme et la femme élégante, mondaine ou demi-mondaine, avec tout le raffinement luxueux de ses toilettes compliquées, sa sensibilité nerveuse d’enfant gâtée, ses accès de coquetteries rêveuses et de dépits mélancoliques. Nos modernistes les plus hardis, les plus raffinés et les plus délicats, MM. Duez, Gervex, Doucet, procèdent de lui par leurs meilleures qualités, leur sentiment fin des attitudes élégantes, leur goût pour le confortable et pour la richesse, pour les mobiliers de choix, les étoffes de prix, leur amour surtout, un amour communicatif et, heureux pour la belle peinture, claire et joyeuse, souple et solide, aimable et vibrante. Les excursions de M. Stevens dans la fantaisie historique ne sont pas, il est vrai, des plus heureuses ; sa Madeleine n’est guère plus accablée par son repentir que sa Lady Macbeth par ses remords ; le peintre n’a point la foi de l’apôtre ni du justicier ; il ne pourrait voir, sans pitié, se flétrir dans la pénitence ou dans l’insomnie, ces douces chairs de femme. Nous le retrouvons, au contraire, tout entier, avec ses expressions de visages inquiétantes et mystérieuses, ses pêle-mêle chatoyans de soieries et de fleurs, de dorures et de chevelures, son orchestration subtile et vive de tous savans, tour à tour éclatans et tendres, pénétrans et assourdis, dans ces études originales qui portent les titres de la Bête à bon Dieu et de Fédora. Quelques jolis portraits, quelques hardies études de mer portent aussi la marque d’un peintre de race.

Non loin de MM. Wauters et Stevens, quoique d’un tempérament moins ferme, se place M. Verhas, dont la facture bien qu’un peu mince, est pourtant libre, claire et gaie. Sa Promenade sur la plage, des adolescens montés sur des ânes et sa Revue des écoles de petites filles au parc de Bruxelles, sont aussi intéressantes par l’étude attentive des physionomies enfantines que par l’aimable aisance de