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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/957

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par le courant russe, qui ne voudrait pas donner au roi Milan un prétexte de revenir, de tenter de ressaisir le pouvoir, et qui est poussée par le mouvement populaire à une certaine réaction contre quelques-uns des actes de l’ancien roi. Pour le moment, un des incidens les plus curieux, les plus significatifs de cette histoire serbe est certainement la restauration d’autorité religieuse qui vient de s’accomplir.

Lorsque le roi Milan poursuivait avec emportement son divorce avec la reine Nathalie, il avait rencontré sur son chemin l’invincible résistance d’un prêtre, du métropolite Michel, qui s’était refusé à incliner le droit religieux devant son caprice, et il n’avait trouvé rien de plus simple que de briser, de chasser de son siège le prélat récalcitrant. Le roi avait mis lestement à la place du pontife disgracié un moine moins scrupuleux ou plus faible qui se prêtait à ses désirs, et, tandis que le nouveau métropolite Théodose prononçait le divorce qu’on lui demandait, l’ancien, Mgr Michel, partait pour la Russie, où il a passé quelques mois d’exil entouré de toutes les sympathies, des attentions de l’empereur lui-même. Aujourd’hui tout est changé ! Le pouvoir nouveau, soit de son propre mouvement, soit sous la pression de l’opinion, s’est cru obligé de rappeler le prélat exilé et de lui rendre sa dignité. Mgr Michel est rentré presque triomphalement à Belgrade ; il a repris possession de son église métropolitaine devant le jeune roi et les régens, devant la population tout entière, et un de ses premiers actes a été d’abolir solennellement, comme contraire au droit canonique, tout ce qui a été fait par le métropolite Théodose, — de sorte que le divorce lui-même serait annulé ! Maintenant, qu’en sera-t-il de cette souveraine, répudiée il y a quelque temps, réintégrée aujourd’hui dans ses droits, qui, elle aussi, a reçu l’hospitalité la plus empressée en Russie ? La reine Nathalie va-t-elle revenir à Belgrade et reprendre sa place auprès de son fils ? Les régens semblent hésiter encore, ils peuvent être pressés par le sentiment populaire, qui est resté favorable à la reine ; mais alors le roi Milan, qui est toujours en voyage, ce prince à l’humeur violente et fantasque, subira-t-il l’humiliation de sa mésaventure sans rien dire, sans essayer de reprendre sa couronne, au risque de troubler le pays de ses ressentimens, de ses démêlés conjugaux ? La situation est certainement étrange. Et comme si ce n’était pas assez des embarras d’une crise qui est loin d’être finie, où toutes les passions, toutes les influences sont aux prises, le gouvernement de la régence serbe ne trouve rien de mieux que de se créer des difficultés nouvelles par une dépossession sommaire de la Société française d’exploitation des chemins de fer de la principauté.

Ces malheureux états sont toujours ainsi. Ils ne peuvent rien par eux-mêmes ; ils ont besoin des capitaux étrangers, du crédit étranger pour féconder leurs industries, pour développer leurs chemins de fer, et à peine l’œuvre est-elle à demi accomplie, ils n’ont rien de plus