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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/950

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Paris. Et puis il n’en a rien été ! Le fils de la reine Victoria n’a trouvé décidément que la ville aimable qu’il connaît, l’accueil courtois de M. le président de la république, l’empressement de ceux qui représentent et dirigent l’Exposition, la sûreté et la cordialité partout. Il a fait gaîment l’ascension de la tour Eiffel, sans craindre d’être enlevé au sommet par quelque bourrasque révolutionnaire, — et il ne l’a pas été ! — D’autres princes l’imiteraient bien, s’ils l’osaient, et ils n’en seraient pas plus compromis. Les étrangers, qui sont gens d’esprit et qui ne font pas de la politique de rancune, savent bien qu’ils ne trouveront pour le moment à Paris ni agitations ni commotions, que Paris est la ville où l’on oublie le plus aisément tout ce qui n’est pas l’affaire ou le plaisir du jour. Le conseil municipal lui-même serait capable aujourd’hui d’ouvrir l’Hôtel de ville, de donner des banquets aux rois et aux princes, si princes et rois voulaient s’y rendre !

Oui, sans doute, c’est ainsi ; l’intérêt souverain de ces mois d’été est dans ce merveilleux spectacle du Champ de Mars, séduisant par son éclat et sa variété, profondément instructif aussi par les œuvres d’une industrie puissante ou ingénieuse. Après cela, on ne le sait que trop, tout ne se résume pas dans ces jours de fêtes qui passent, qui passeront rapidement. Il est bien certain que s’il y a une exposition prestigieuse au Champ de Mars, il y a, qu’on nous passe le mot, une autre sorte d’exposition. au Palais-Bourbon, partout où l’on fait de la politique, surtout de la politique de parti, qu’on sent que le problème des destinées prochaines de la France va se débattre aussi sérieusement que possible d’ici à quelques mois. Il s’agite déjà, il se resserre de plus en plus, ce problème, entre ceux qui plutôt que d’avouer une faute nient le mal qu’ils ont fait, se rattachent à outrance aux systèmes dont ils ont abusé, et ceux qui sentent, qui comprennent que le pays, fatigué d’une expérience irritante et ruineuse, a l’irrésistible besoin d’une autre direction, d’une autre politique. Tout est là ! C’est le fond de toutes ces polémiques, et de ces discussions de parlement, où, sous prétexte de finances, de lois scolaires, de recrutement militaire, il s’agit entre les partis de décider de la direction des affaires de la France, de savoir si on continuera de s’égarer, les yeux fermés, dans une voie sans issue, ou si, d’un effort énergique, on redressera et on raffermira la marche du pays.

Les partis qui règnent encore aujourd’hui comme ils ont régné depuis dix ans, opportunistes et radicaux, sont les dupes d’une singulière illusion. Ils ont ni plus ni moins l’infatuation de tous les partis qui ont été longtemps au pouvoir, qui finissent par s’étourdir de leur durée, d’un succès souvent plus apparent que réel, plus factice que sérieux. Tout leur art se réduit à prolonger le plus possible leur domination, à épuiser pour vivre les élémens de la vie ; leur incurable faiblesse est de ne Voir qu’eux-mêmes, eux, leurs intérêts, leurs calculs, leurs passions, et de méconnaître tout le reste, les réalités qui les