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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/947

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I


Ces longs bateaux chalands, ces grosses barques neuves,
Peintes en marron clair, la croix blanche à l’avant,
Qui reviennent du Nord et descendent nos fleuves,
S’en vont au fil des eaux sans mettre voile au vent.

A leur coque, toujours lisse et bien goudronnée,
On aime à reconnaître un ménage flamand,
Dans son nid à fleur d’eau tranquille maisonnée,
Le jour au grand soleil, la nuit en paix dormant.

En relief sur le pont, la cabine du maître,
Coquette et toute blanche… Elle est juste au milieu,
Comme autrefois dans l’arche… Et, par chaque fenêtre,
Au calme intérieur descend un rayon bleu.

Des brassières d’enfant, de petites vareuses
Sèchent au soleil clair, tout près du grand filet,
Et la mère, berçant de ses deux mains heureuses
Un gros joufflu qui rit, l’abreuve de son lait.

Des plants de réséda parfument la cabine,
Et de petits rosiers, parfois même des lys.
On y voit s’enrouler la rouge capucine
Aux clochettes d’azur des hauts volubilis.