Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/946

Cette page n’a pas encore été corrigée


apparus à l’entrée de la chambre. Tu sais le reste. Pour faire tomber ta colère, il m’accusa de l’avoir volé, et tu l’as cru bêtement. Il faut que tu sois bien naïve et bien aveugle !

— Seigneur Jésus ! Marie ! Joseph ! protégez-moi ! fit plaintivement la voix de l’abîme.

— Quelle est cette voix ? demanda Zénobia.

— Cette voix, c’est celle de mon ancien maître, de ton mari qui, depuis qu’il est ici, me sert tour à tour de baudet et de divan.

Tout en parlant, Matrina s’était levée brusquement, avait fait sauter la peau d’ours, et Michalowski apparut, dans sa posture ordinaire, confondu, atterré, aux yeux de sa femme, humiliée et pâle de colère.

— Voilà du joli ! dit-elle. Eh bien ! maintenant que je te connais, je vais te traiter comme tu le mérites.

— Je t’en prie, Zénobia…

— Allons ! partons, traître ! vieux don Juan ! Et puisqu’il te va si bien de faire l’âne, prépare-toi ; désormais, tu seras aussi ma bête de somme, à moi !

Tout honteux, la tête basse, le mandatar se mit en route aux côtés de sa femme, longtemps poursuivi par les moqueries et les éclats de rire de Matrina.


L. DE SACHER-MASOCH.