Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/931

Cette page n’a pas encore été corrigée


I. THÉODORA. (LA SERBIE).


Ce fut par une maussade journée de novembre que le baron Ander entra dans l’appartement de Théodora Wasili, et la surprit très désagréablement en lui annonçant qu’il allait la marier.

Théodora était une jeune fille du village, la plus belle, la plus fière entre toutes, parmi ces beautés majestueuses, dont les grands airs et les façons de princesse trahissent si parfaitement l’origine caucasienne.

Un jour, au cabaret, le baron vit Théodora danser la kolomeïka et en devint amoureux. Pour conquérir son cœur, il lui suffit d’un collier de faux coraux d’un beau rouge et d’un petit pot de fard de même couleur qu’il acheta chez le marchand juif du village. Car il faut dire que ces enfans de la nature, qui pourraient se contenter de leur éclatante fraîcheur, ont le mauvais goût de se farder, comme de simples grandes dames de Vienne ou de Paris.

Plus tard, au château, quand elle fut en possession des rênes du gouvernement, le baron lui faisait de plus riches cadeaux. Elle se promenait, vêtue magnifiquement, et prenait de plus en plus, chaque jour, les habitudes et les allures d’une femme de haute naissance.