Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/895

Cette page n’a pas encore été corrigée


base : biologie, anthropologie, physiologie. Comment eussent-ils réussi ? Ils ne connaissaient point les élémens de la science qu’ils prétendaient appliquer ; que dis-je ? Ils suivaient une méthode contraire à ses principes, la méthode déductive, syllogistique. Constituans ou conventionnels, ils partaient d’axiomes théoriques. Leurs lois, leurs déclarations, leurs constitutions sont une sorte de géométrie politique. Quoi de plus opposé à l’esprit de notre temps et au véritable esprit scientifique ! De même, la Révolution est essentiellement dogmatique, et rien ne nous répugne comme le dogmatisme. La Révolution a foi dans l’absolu ; elle croit qu’il y a une vérité politique, des dogmes politiques, indépendans des époques, des pays, des races. Quoi de plus étranger encore à nos idées et de moins conforme aux vues de la science moderne ? Nous ne croyons qu’au relatif, au contingent, en politique plus qu’en toutes choses. A cet égard, les hommes de la Révolution sont plus loin de nous qu’ils ne l’étaient des contemporains de. Louis XIV ou de ceux de saint Louis. Sieyès et Saint-Just, imbus, à leur insu, de la vieille logique scolastique, sont la postérité des docteurs en Sorbonne dont ils ont démoli la vieille maison. De même encore, et par suite, la Révolution est idéaliste et optimiste. Pour transfigurer la France et l’humanité, elle croit qu’il suffit de quelques bonnes lois : les moins confians s’imaginent qu’ils n’ont qu’à couper quelques milliers de têtes. Or, ni l’idéalisme, ni l’optimisme ne sont les conseillers des générations actuelles : les révolutions les en ont désabusés.

« Mais sortons des généralités ; quelle est l’idée maîtresse de la science contemporaine ? L’idée d’évolution ; et, par définition, évolution est en opposition avec révolution. La contradiction est dans les termes. Cela est si manifeste que c’en est presque une banalité. Nous croyons que dans la nature, et dans l’histoire des sociétés, comme dans celle du globe, tout se fait graduellement, par développement successif, par une sorte de végétation intérieure ; qu’en toutes choses, le présent procède du passé, comme la branche sort du bourgeon. Or cela est la négation du point de départ et des prétentions de la Révolution. Quand la transformation des espèces ne serait qu’une hypothèse indémontrable, la théorie de l’évolution n’en dominerait pas moins les sciences politiques. Qu’en résulte-t-il ? Que la Révolution, qui se vantait de ramener l’homme aux lois de la nature, a été une violation des lois naturelles ; ou mieux, comme la nature ne laisse pas violer ses lois, la Révolution a été une insurrection contre les lois éternelles de la nature. Quoi de plus contraire à la raison ? Les Titans de la fable étaient plus sages en voulant escalader l’Olympe. Ces lois