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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/892

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la Bible, nous avons été affranchis par la Révolution française. Ce que le christianisme n’avait pu faire en dix-huit siècles, la Révolution l’a fait en cent ans. Elle a été la rédemptrice de l’homme noir, votre frère puîné, un cadet qui, peut-être un jour, devancera ses aînés. L’abolition de l’esclavage est le grand titre de la Révolution. Sa gloire est d’avoir proclamé l’égale liberté des races. Non contente d’abolir les distinctions de classes, elle a supprimé les distinctions de couleurs. Grâce à elle, toute une race a été émancipée, et les anciens esclaves de Saint-Domingue, disciples inconsciens de Rousseau, mènent librement, sous les bananiers de Haïti, la vie de la nature. Gloire à la Révolution ! Vive la France ! Vivent les philosophes ! » — « Que le nègre et le juif acclament la Révolution, ils y ont tout gagné, interrompit l’antisémite autrichien ; mais, pour nous, chrétiens de race blanche, de souche indo-germanique, c’est autre chose. Ce dont le noir ou le sémite lui font un mérite est ce qui me la rend suspecte. L’égalité des races et des nationalités a été l’erreur de la Révolution. Des Allemands ou des Anglais ne l’auraient pas commise. Accorder à tous les peuples des droits égaux, c’est mettre en péril les races ou les peuples supérieurs, compromettre l’unité et le progrès de la civilisation. Demandez ce qu’ils en pensent aux blancs de la Caroline ou de la Louisiane. Voyez même chez nous, en Autriche, la deutsche Cultur risque de sombrer sous le flot du slavisme, et la civilisation chrétienne, d’être submergée par le judaïsme. Il nous faut apprendre les grossiers jargons de barbares tribus. Encore, le Tchèque, le Slovène, et toute la séquelle slave, nous sont-ils païens, par la race ou la religion ; mais le sémite ? La Révolution n’a-t-elle été faite que pour établir le règne d’Israël ? Elle a émancipé le noir et préparé l’esclavage du blanc. Sous prétexte de liberté et d’égalité, elle risque de sacrifier les races les plus nobles à la plus cupide, le chrétien au juif, l’aryen au sémite. »

— « Est-ce bien là l’erreur de la Révolution ? répondit en anglais un gentleman hindou, fellow d’Oxford et délégué de l’université de Calcutta. La Révolution a-t-elle vraiment proclamé l’égalité des races ? Si elle l’a fait, nous ne voyons pas que les Français, et les autres Européens, appliquent fort ce principe dans leurs possessions d’Asie ou d’Afrique. L’erreur de la Révolution, autant que j’en puis parler, est peut-être moins d’avoir méconnu les inégalités, que les différences, des peuples et des races. L’inégalité peut se contester, les différences, non. Ainsi, nous, Asiatiques, nous ne nous sentons pas inférieurs à vous, Européens, mais autres que vous. Tout à l’heure, en entendant un Latin, un Grec, un chrétien, un juif réclamer chacun leur part de la Révolution française, je me demandais ce qu’il y avait de fondé dans ces revendications, car, en