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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/684

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étaient quatre frères, dont Boileau n’en aimait aucun, et qui le lui rendaient bien. Aussi « modernes » qu’on pouvait l’être au temps de Louis XIV ; et, de longue date, amis déclarés de tout ce que l’auteur des Satires avait attaqué de méchans écrivains dans ses vers, ce qui leur déplaisait surtout en lui, c’était cette superstition de l’antiquité, qu’ils ne croyaient qu’à demi sincère, puisqu’eux-mêmes ils ne la partageaient point ; et cela les lassait d’entendre louer Homère aux dépens de Chapelain. Telle fut la pensée qui dicta le Siècle de Louis le Grand à Charles Perrault ; qu’il développa dans ses Parallèles des Anciens et des Modernes ; et à laquelle enfin Boileau, publiquement provoqué, répondit par ses Réflexions critiques sur le Traité du Sublime. Comme d’ailleurs la querelle, une fois émue, ne devait pas se terminer avec eux, et que nous nous proposons d’y revenir prochainement ; comme, d’autre part, si les Parallèles contiennent quelques observations ingénieuses et les Réflexions critiques des remarques sensées, les argumens que les deux adversaires y échangent ne sont plus neufs et ne vont pas au fond du débat ; comme enfin Perrault n’a pas même très clairement discerné les points faibles de la doctrine qu’il attaquait, nous nous bornerons à rappeler que Boileau, en relevant avec sa franchise ordinaire les « bévues » de son adversaire, mit les rieurs de son côté, les érudits avec les rieurs, et put ainsi se flatter que sa carrière s’achevait par une dernière victoire. On réconcilia les combattans sur le champ de bataille ; et la Lettre à M. Perrault, datée de 1701, fut à peu près le dernier des écrits de Boileau. Je ne compte en effet pour beaucoup ni la Satire sur l’Équivoque, ni ses dernières Réflexions. Elles pourraient manquer au recueil de ses Œuvres sans manquer à sa gloire ; mais peut-être qu’elles feraient défaut, la Satire sur l’Équivoque à la connaissance de son vrai caractère, et les Réflexions à l’histoire d’une grande controverse.

Il ne me reste plus qu’à montrer que la doctrine de Boileau a rencontré ses bornes dans les bornes elles-mêmes de sa nature de talent ou d’esprit, et que ce que l’on y regrette est exactement ce que l’on regrette aussi de ne pas trouver dans son œuvre. Quoiqu’il n’y ait rien de plus ordinaire, il n’y a rien de moins nécessaire ; si même on ne doit dire que le commencement de la critique est de comprendre ce que nous n’aimons point. Boileau n’a compris que ce qu’il aimait ; il n’a aimé que ce qu’il se croyait capable au besoin de réaliser lui-même dans ses vers ; et c’est ainsi qu’étant dépourvu de tempérament, de sensibilité et d’imagination, il n’a fait d’abord dans sa doctrine une part assez large ni au pittoresque, ni à l’émotion, ni aux sens.