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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/679

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mais à la médecine qu’elles appartiendraient. Et nous imiterons, ainsi d’autant mieux la nature, que ces représentations, moins conformes peut-être à la vérité d’un moment, le seront davantage à la vérité de tous les temps et de tous les lieux.

Pour des motifs analogues, c’est-à-dire pour que la peinture demeure vraiment humaine, nous éliminerons encore du domaine de l’art le bizarre et l’accidentel. Car, à les bien prendre, eux aussi, ne sont-ils pas en dehors, ou en marge de la nature, puisque, à vrai dire, le nom même dont nous les nommons les en excepte, et que leur existence n’est qu’une transgression ou une dérision de ses lois ? Ainsi, d’être borgne ou boiteux, c’est manquer à la définition de l’espèce, et ce n’est pas se distinguer de l’humanité, c’est plutôt en sortir. Je veux bien plaindre celui qui n’y voit que d’un œil, mais je n’admets point qu’il dise que j’ai tort, moi, d’en avoir deux. Pareillement, nous éliminerons ce que la coutume et la mode superposent en nous d’apparences passagères aux caractères fixes et durables qui constituent notre nature. Tel est l’usage de porter perruque. Les modes ne font point partie de la nature, puisque leur institution même n’a pour objet que de la déguiser ; et, qui ne sait qu’il y a des modes en fait de sentimens comme d’habits, et d’idées comme de coiffures ? Le haut-de-chausses n’est point inhérent à l’espèce. Et nous éliminerons enfin de chaque homme, à commencer par nous-mêmes, ce que nous trouverons en lui de plus personnel ou de plus particulier. Car, la véritable originalité consiste-t-elle à différer des autres ? Non-pas du tout, puisqu’en ce cas elle nous échapperait, n’ayant pas avec nous de commune mesure ; mais, ce que les autres sont ou pourraient être, l’originalité consiste à l’être plus et plus complètement qu’ils ne le sont eux-mêmes. Et, d’ailleurs, — la vie quotidienne est là pour nous l’apprendre, — à quoi voyons-nous que nous nous intéressans effectivement dans les autres, si ce n’est à ce qu’ils ont de commun avec nous ?

Or, ce qu’il y a de plus commun entre les hommes, « la chose du monde la plus répandue, » la mieux partagée, la seule même en vérité qui le soit à peu près également, n’est-ce pas la raison ? Différens que nous sommes les uns des autres en tout le reste, — de taille et de visage, d’humeur et de complexion, de condition, de goûts et d’habitudes, ou, pour dire encore quelque chose de plus, différens de nous-mêmes, selon l’occasion et le temps, — n’est-ce pas la raison, éternellement subsistante et constamment identique en tout homme, qui rétablit d’heure en heure l’intégrité de notre personne, et qui continue d’âge en âge l’unité de l’espèce humaine ? Conséquemment, n’est-ce pas elle qui nous fait hommes, puisque c’est