Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/675

Cette page n’a pas encore été corrigée


l’inspirateur même de son jeune ami, le premier objet que Boileau se propose, et le premier article de sa doctrine, c’est d’essayer de ramener l’art, qui depuis si longtemps, — depuis le temps au moins de Ronsard et de la Pléiade, — s’en était diversement, mais tous les jours écarté davantage, à l’imitation de la nature et à l’expression de la vérité. Car dirai-je qu’alors, un peu partout, dans ces « cabinets où la vertu était révérée sous le nom d’Arthénice, » comme dans ce logis de la vieille rue du Temple, où Mlle de Scudéri « tenait ses samedis, » on avait horreur de la nature ? Mais, assurément, on la trouvait « commune ; » et les moyens d’art qu’il fallait bien qu’on lui empruntât, du moins ne s’en servait-on que pour « l’embellir, » c’est-à-dire, en bon français, pour la défigurer. Les uns, sur les traces de l’auteur du Cid et de Rodogune, s’évertuaient pour faire « plus grand, » et les autres, sur celles de l’auteur du Roman comique et de dom Japhet d’Arménie, plus « plaisant » que nature. Non-seulement au barreau, mais jusque dans la chaire même, on ne voulait rien que de « rare, » que « d’imprévu, » que de « surprenant. » Et tous ensemble, dans les salons comme au théâtre, dans les romans comme à l’Académie, en s’éloignant de la nature, on ne semblait travailler qu’à séparer l’art d’avec la vie, qui en est pourtant la matière, le support et la raison d’être. Ce n’est pas l’homme qui est l’ait pour l’art, mais bien l’art qui est fait pour l’homme. C’est ce que Boileau vit admirablement, avec une promptitude et une sûreté de coup d’œil extraordinaires chez un jeune homme d’une vingtaine d’années ; c’est ce qui souleva son bon sens bourgeois ; et, comme il avait dirigé contre cette littérature, — aristocratique jusque dans le burlesque même, — et surtout artificielle, tous les traits de sa satire. c’est à ces leçons qu’il résolut d’opposer celles de ses Epître et de son Art poétique.

Rien n’est beau que le vrai, le vrai seul est aimable…
Le faux est toujours fade, ennuyeux, languissant,
Mais la nature est vraie et d’abord on la sent…
Jamais de la nature il ne faut s’écarter…
C’est elle seule en tout qu’on admire et qu’on aime…
Que la nature donc soit notre étude unique…

L’imitation de la nature, voilà la règle de toutes les règles, celle qui précède, qui enveloppe, et qui résume les autres. Ou, mieux