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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/674

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Satires, — le Repas ridicule ou les Embarras de Paris, — s’élève : et son style, un peu raide jusque-là, s’assouplit, dans l’Épître à M. de Guilleragues, par exemple, et dans l’Épitre à Seignelay. Les quatre premiers chants du Lutrin achèvent sa réputation. Lui-même, admis à la cour, goûté de Louis XIV. cède à l’usage du monde quelque chose de sa verdeur et de son âpreté premières :

— L’âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage,
Se pousse auprès des grands, s’intrigue, se ménage ; —

Ce basochien frondeur devient presque courtisan et, dans la fréquentation des grands seigneurs et des belles dames, il dépouille quelques-uns de ses préjugés bourgeois. Racine est là d’ailleurs, pour contenir au besoin la pétulance du satirique et réprimer d’un coup d’œil les écarts de sa verve indiscrète. Enfin, en 1674, la publication de l’Art poétique l’achève d’établir dans son rôle d’arbitre et de juge presque souverain des choses de la littérature, en dépit des envieux, en dépit aussi de l’Académie, dont il n’est pas encore, dont il ne sera que dix ans plus tard, en 1684, parce que le roi l’aura voulu. Il a usé ses ennemis, si je puis ainsi dire ; et, ses combats ne sont pas terminés, mais quand nous le verrons rentrer maintenant dans la lutte, il ne sera plus le révolutionnaire qu’il fut, qu’il est encore dans le premier chant au moins de son Art poétique, il sera lui-même une autorité, il sera un ancien, il sera un classique.

Quel est donc son idéal ? ou, pour parler plus conformément à la langue de son temps, quelle est sa doctrine ? et, dispersée comme elle est dans son œuvre, ne serait-il pas utile de la rassembler ici tout entière sous deux ou trois points de vue ? En lui donnant l’honneur, qui fut le sien, de l’avoir traduite en beaux vers, en vers heureux et brillans de bon sens, on essaierait de faire, en même temps que sa part, celle aussi des influences, des circonstances. Et si, d’ailleurs, pour préciser la doctrine, on lui prêtait peut-être une forme plus systématique, des contours plus arrêtés qu’elle ne les eut jamais dans la pensée de Boileau, ses admirateurs ne s’en plaindraient pas, puisqu’ils en verraient mieux la portée, ni ses ennemis non plus, puisque les côtés faibles n’en seront que plus appareils.


II

Comme Molière, dont la supériorité d’âge et de génie nous autorisent à supposer qu’il fut en ceci le conseiller, le maître ou