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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/655

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respectueuses qui conviennent aux douleurs humaines. La même sensibilité simple d’observation, avec une pointe en plus de variété pittoresque, se retrouve dans les tableaux de M. La Touche, dont l’Accouchée avait eu quelque succès l’an dernier. Les lamentables figures d’ouvriers En grèce qu’il voit dédier dans le brouillard ne sont pas déclamatoires ; c’est la misère, la fatigue, l’épuisement, le désespoir qui se lisent sur leurs pauvres mines. M. La Touche ne se confine pas d’ailleurs, comme M. Perrandeau, dans ces spectacles navrans dont la multiplication, dans nos expositions, n’est nullement à désirer. Après avoir joué de la gamme noire, il joue de la gamme blanche, non sans agrément, dans sa Première communion où les robes de mousseline se meuvent dans la lumière avec une souplesse charmante. Si cette délicate étude était plus poussée, c’eut été un ouvrage fort intéressant, M. La Touche s’est, par malheur, arrêté à moitié route comme la plupart de ses confrères, comme M. Laurent Desrousseaux, qui, traitant un sujet semblable, la Veille de la première communion, avec une vraie délicatesse, s’en tient aussi, dans une analyse de lumières opposées sur des figures en blanc entre des murs d’église, à des indications beaucoup trop sommaires. Toutefois, MM. Laroche et Laurent Desrousseaux ont bien approprié la grandeur de leurs cadres à l’intérêt de leurs sujets, tandis que M. Lesur, qui fait dédier aussi une bande de Communiante, dans un village, et M. Hippolyte Fournier qui nous fait assister à une scène d’agonie, la Dernière communion, ont donné à leurs figures de telles proportions que leurs toiles semblent à peine remplies. On ne saurait trop s’élever contre cette manie croissante des toiles gigantesques dont les artistes eux-mêmes sont les premières victimes ; nous sommes convaincu que, sans ce défaut, on apprécierait beaucoup mieux les sérieuses qualités volontairement perdues dans des cadres disproportionnés par un grand nombre d’autres peintres rustiques et populaires, notamment par MM. Michelina, Buland, E. Picard, Baixeras, Umbricht, Meslé, Adolphe Binet, Éd. Durand, Ed. Frère, Mlle Billet, Decamps, Mlle Fleury, etc., tous artistes sérieux et observateurs, mais dont les œuvres gagneraient toutes aussi à être traitées plus à fond en de plus justes dimensions. On goûte d’autant mieux le charme de sérénité calme répandu dans le Soir de M. Adam, la bonhomie d’expression donnée par M. Renard aux personnages de son Baptême, la gaîté et la vivacité montrée par tous les canotiers et canotières de M. Gueldry, dans son Éclusée, l’étrange impression d’intimité communiquée par de simples accords colorés dans les Intérieurs, l’un verdâtre et l’autre bleuâtre, de M. Lobre, que, dans toutes ces toiles modestes, les intentions des artistes, mieux concentrées, s’y énoncent plus