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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/643

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capitale, ont jeté le trouble à la villa Médicis. Au lieu d’y vivre dans la solitude, le travail, la-méditation, on s’y occupe de Paris plus que les Parisiens eux-mêmes, l’on n’y étudie les maîtres qu’avec l’arrière-pensée de ne leur point ressembler. La hâte d’être original ne laisse pas le temps d’apprendre à l’être. On ne veut plus se souvenir que les maîtres les plus libres ne le sont devenus qu’à la suite de longs apprentissages. De là, dans la plupart des envois, une incohérence de méthode, une recherche d’effets superficiels, une insuffisance ou une affectation de métier qui révèlent un grand désarroi moral. L’absence de convictions s’accentue encore lorsqu’on redescend dans la mêlée parisienne avec la prétention d’y prendre la tête, à son gré et sur-le-champ, dans tous les genres. On n’est plus assez naïf pour se contenter île l’incorrection qui plait au public, on n’est pas assez fort pour lui imposer une personnalité formée. A part MM. Olivier Merson, Wencker et quelques autres qui se sont toujours bien tenus, que de concessions inutiles ou fatales faites par les lauréats de l’Institut, depuis vingt ans, à toutes les modes successives du jour ! Encore si une fois sa direction prise, quelle qu’elle soit, on savait s’y tenir ; on aurait chance, avec de l’opiniâtreté, de s’y mettre au premier rang, ne fût-ce qu’à cause de la science acquise. Mais non, et c’est là le grand mal, par suite même de cette dextérité manuelle qu’on ne sait où appliquer, on touche à tout, on essaie tout, on reste partout habile, médiocre, insignifiant. Jusqu’à présent les tentatives faites par les anciens Romains sur le terrain réaliste n’ont pas tourné à leur avantage. Il est certain que MM. Bramtot et Toudouze en représentant, dans des proportions excessives, sur des panneaux décoratifs, le premier un couple d’ouvriers amoureux tendrement assis dans la campagne, l’autre une paysanne allaitant son enfant sur le perron de sa maison, ont apporté, dans le dessin de ces figures plébéiennes, plus de correction et plus de style qu’on n’en met d’habitude. Qu’arrive-t-il ? C’est que cette correction et ce style, appliqués avec un soin trop visible et ne se trouvant pas animés par un tour de pinceau vif et chaud, enlèvent précisément à ces figures insignifiantes en elles-mêmes les seules qualités qui les pouvaient poétiser, la simplicité et le naturel, qualités si précieuses qu’elles feront oublier, d’autre part, chez des praticiens beaucoup moins savans, les incorrections les plus frappantes et les plus extraordinaires gaucheries.

M. Gabriel Ferrier, qui avait brillamment débuté en 1879, par une Sainte Agnès d’un mouvement très décoratif, a montré, lui aussi, quelques hésitations dans sa carrière. Néanmoins, ses études algériennes, poussées avec vigueur, n’ont pu qu’assouplir et