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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/476

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de toutes les mesures qui ne sont que des menaces ou des actes d’oppression ; dégager enfin de cette série de réparations un gouvernement fait pour relever notre pays dans les conseils des nations : c’est là le programme d’une politique vraie et sérieuse. Ceci du moins est clair. Que des conservateurs engagés par leur passé, par les luttes qu’ils ont soutenues ou par des opinions plus absolues, poursuivent la réalisation d’autres espérances, d’un autre idéal, cela se peut ; ils sont dans leur droit, — à condition de ne pas compromettre leur cause par des alliances équivoques. Mais il y a sûrement dans le pays, dans cette masse vivante et obscure de la nation, bien des conservateurs d’instinct, de sentiment, d’intérêt, qui se croiraient encore heureux d’avoir le gouvernement que leur offrent des libéraux bien intentionnés. Rien après tout ne les sépare sérieusement de ce programme de réparation et de modération, qui a le mérite de répondre aux vœux de la France du travail, de cette France sensée, industrieuse et toujours féconde qui vient de se révéler avec éclat à l’Exposition du Champ de Mars.

On ne peut s’y tromper, cette Exposition, qui est un succès flatteur pour la France et en définitive un gage de paix, a éveillé des impressions et des sentimens assez divers en Europe. C’est un fait avéré aujourd’hui. Les grandes monarchies européennes ont décidément cru devoir s’abstenir jusqu’au bout, sans donner d’ailleurs à leur abstention un caractère blessant pour les susceptibilités françaises. Elles n’ont pas paru au Champ de Mars, au moins par leurs ambassadeurs, uniquement peut-être parce qu’elles n’avaient pas pu paraître la veille à Versailles. Lord Lytton lui-même s’est trouvé justement avoir à faire ce jour-là un voyage en Angleterre. Les ambassadeurs de Russie, d’Allemagne et d’Autriche avaient pris par la même occasion un congé momentané. Le digne représentant de l’Italie, le général Menabrea avait probablement à consulter M. Crispi et s’est trouvé absent à son tour. On ne peut guère s’en étonner ni s’en émouvoir.

C’était prévu depuis longtemps. Dès le premier jour, les gouvernemens des grands états monarchiques n’avaient pas laissé ignorer qu’ils ne pouvaient s’associer officiellement aux fêtes du Centenaire, et parmi les principales puissances, il en est qui ne pouvaient décemment, sans se manquer à elles-mêmes, sans manquer à de touchantes convenances de famille, fêter l’anniversaire de la Révolution française. C’était inévitable. L’absence au surplus a été atténuée autant qu’elle pouvait l’être et elle n’a pas été sans compensation. Si lord Lytton n’a pas figuré au Champ de Mars, le prince de Galles a saisi tout récemment l’occasion de témoigner ses sympathies pour l’Exposition parisienne, et le lord-maire de Londres a paru ces jours derniers en gala, avec ses massiers et ses huissiers, à un banquet de l’Hôtel de Ville où tout, en vérité, s’est assez bien passé. Si les grandes puissances ont donné