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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 93.djvu/474

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les promoteurs ou les complices ou les complaisans d’une politique prétendue républicaine dont le seul et dernier résultat est une crise certainement redoutable pour la république elle-même ? Si les conservateurs, qui représentent, une partie considérable du pays, se sont retirés dans leur camp et semblent provisoirement se refuser aux transactions, qui donc les a rejetés dans une hostilité irréconciliable en leur déniant presque le droit de cité dans l’état, en les excluant même de la commission du budget ? Il faut parler sérieusement des choses sérieuses. Il y a eu un moment, — on le rappelait ces jours derniers encore, — le moment du ministère Rouvier, où les conservateurs, par patriotisme, par modération, se montraient tout disposés à ne créer aucune difficulté, à seconder même, si on le voulait, tout ce qui serait tenté dans l’intérêt de l’ordre financier et d’un apaisement moral. On n’a pas osé les avouer pour alliés ! on leur a déclaré fièrement qu’on ne voulait qu’une majorité de républicains, — comme si trois millions et demi de Français ne comptaient pas dans la « direction des affaires du pays ! » De peur de paraître suspect de connivences orléanistes, on a redoublé de violences, de vexations et de délations dans les provinces à l’égard de tout ce qui n’était pas républicain. Bref, par un aveuglement de coterie et de faction, au risque de compromettre les intérêts les plus sérieux de la France, même de la république, on s’est exposé à faire des ennemis de ces conservateurs dont on aurait grand besoin aujourd’hui.

Et maintenant même, ces conservateurs dont l’hostilité est devenue un péril, dont le concours serait après tout singulièrement utile, comment prétend-on les désarmer ou les rallier ? La question devient assez sérieuse, assez pressante au moment où la campagne électorale se dessine déjà, où les programmes commencent use préciser et où les députés, à la recherche d’une réélection, font des discours. — Avoue-t-on simplement, virilement qu’il y a eu des fautes commises, des excès de partis, des abus de la fortune de la France, des violences faites aux sentimens religieux, des entraînemens d’arbitraire ? On peut lire tant qu’on voudra les plus récens discours de M. Jules Ferry, de M. Raynal, de bien d’autres opportunistes, tous modérés, à ce qu’ils croient ou à ce qu’ils disent. Ils avouent bien, si l’on veut, assez vaguement, d’un ton léger, qu’il a pu y avoir quelques erreurs ; mais ces erreurs, ils les oublient généreusement, ils se les pardonnent et sont tout prêts à recommencer. Le fait est qu’ils ne désavouent rien de leurs systèmes financiers, de leur politique religieuse, de leurs procédés administratifs. Ils restent si bien ce qu’ils sont qu’en ce moment même, les ministres de l’opportunisme se proposent, à ce qu’il paraît, de demander au sénat le vote d’une loi, qui dans un intérêt électoral promet aux instituteurs ce qu’aucun budget ne pourra leur donner, et que le gouvernement aurait aussi, dit-on, i’intention de hâter le vote de la loi militaire.