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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/864

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H. Janitschek, Die Deutsche Malerei. Berlin, 1889.


On sait l’histoire de ce forgeron d’Anvers qui aima une jeune fille, et qui devint peintre par la seule force de son amour. L’Allemagne tout entière eut jadis une histoire pareille : c’est par un miracle d’amour qu’elle devint peintre et le resta trois cents ans.

Jamais une race n’avait eu à un aussi faible degré les qualités que requiert la peinture. Au XIVe siècle, pas plus qu’aujourd’hui, les Allemands ne savaient voir les choses d’une façon colorée ou précise. Le monde extérieur n’était pas à leurs yeux, comme aux yeux des Flamands, un ensemble de lignes et de couleurs très réelles, constantes nuancées minutieusement ; ni, comme aux yeux des Italiens une vivante harmonie de formes. Jusqu’au XVIe siècle, les peintres allemands ne semblent pas même s’être aperçus de la réalité visuelle. Ils s’obstinent à dédaigner l’étude de la nature ; leur dessin reste d’une gaucherie surprenante ; leur coloris est tout de fantaisie et de convention. Aucune des aptitudes du peintre ne se retrouve chez eux. Pendant que les Flamands, les Italiens ne cessent de perfectionner leurs procédés techniques, les Allemands persistent à se contenter des procédés les plus simples et les plus primitifs : ils gardent les fonds d’or au lieu des riches perspectives aériennes ; ils adoptent l’usage de l’huile sans prendre